Deschamps, le PSG et la malédiction des favoris : pourquoi la France risque de trébucher avant le Mondial 2026
Deux semaines avant le Mondial, Deschamps multiplie les mises en garde. Pendant ce temps, le PSG joue sa finale de C1. La France, double tenante du titre, est-elle en train de répéter les erreurs de 2002 ? Analyse d'un piège psychologique et sportif.
La France en finale avant même d’avoir joué : le syndrome du champion qui s’endort
Didier Deschamps a raison de s’inquiéter. Pas seulement parce qu’il connaît les pièges du statut de favori, mais parce que l’histoire du football regorge d’équipes qui ont cru leur destin écrit d’avance. La France de 2026 ressemble étrangement à celle de 2002 : double tenante du titre (1998-2000), auréolée d’une génération dorée (Zidane, Henry, Thuram), et pourtant éliminée au premier tour sans gagner un match. Les Bleus avaient alors payé leur arrogance, leur manque de préparation mentale, et une forme de mépris pour leurs adversaires.
Aujourd’hui, les signes avant-coureurs sont les mêmes. Les médias parlent déjà de "la finale du 19 juillet" comme d’une formalité. Les supporters affichent des banderoles "On va la chercher" avant même le premier coup d’envoi. Et Deschamps, lui, martèle en conférence de presse : "Trop de gens nous voient déjà le 19 juillet, ça ne me plaît pas du tout." Un aveu de faiblesse ? Non. Une lucidité rare dans un pays où le football est devenu une religion d’État.
Le problème n’est pas tant la pression – les Bleus l’ont déjà surmontée en 2018 – que l’illusion de la supériorité. En 2002, la France était arrivée en Corée du Sud avec l’étiquette de "meilleure équipe du monde". En 2026, elle débarque aux États-Unis avec le même statut, mais aussi avec les stigmates d’une saison éprouvante : Mbappé blessé en finale de C1, des tensions internes au PSG, et une équipe nationale qui n’a pas joué ensemble depuis des mois.
Deschamps le sait : "La notion d’unité et de force collective est indispensable." Mais comment maintenir cette unité quand une partie du groupe (Mbappé, Dembélé, Hakimi) vient de vivre une défaite en Ligue des champions ? Quand les autres (Giroud, Griezmann) sortent d’une saison de Ligue 1 sans enjeu ? Et quand les jeunes (Wirtz, Camavinga) n’ont jamais connu l’intensité d’un Mondial ?
Le PSG, miroir grossissant des faiblesses françaises
Samedi, le PSG affronte Arsenal en finale de Ligue des champions. Une rencontre qui, au-delà du résultat, révèle les fractures de l’équipe la plus représentée en sélection française.
D’un côté, des joueurs comme Ousmane Dembélé, qui déclarent : "On va tout faire pour remporter une deuxième étoile." De l’autre, un club qui, depuis des années, cumule les échecs en C1 malgré un effectif de stars. La question n’est pas de savoir si le PSG peut gagner – il en a les moyens – mais pourquoi il échoue systématiquement quand ça compte.
La réponse tient en trois mots : manque de cohésion. Le PSG est une équipe de solistes, pas un collectif. En sélection, Deschamps a toujours privilégié l’équilibre, la complémentarité, la rigueur tactique. Au PSG, c’est l’inverse : des individualités brillantes, mais incapables de se transcender ensemble. Mbappé, blessé en finale, incarne cette contradiction. Meilleur buteur de Ligue 1, héros en équipe de France, mais incapable de faire gagner son club en Europe.
Et c’est là que le bât blesse pour les Bleus. Si le PSG perd samedi, comment Mbappé et ses coéquipiers parisiens aborderont-ils le Mondial avec confiance ? Si le PSG gagne, comment éviter que l’euphorie ne se transforme en arrogance ? Dans les deux cas, Deschamps devra gérer les egos, les frustrations, et cette fameuse "faim de trophées" que Dembélé évoque comme une évidence.
Car le football moderne a changé. Les joueurs ne sont plus des soldats, mais des marques. Leurs performances sont scrutées, analysées, monétisées. Et quand un club comme le PSG dépense des centaines de millions pour recruter des stars, il crée des attentes démesurées. Des attentes qui, inévitablement, rejaillissent sur l’équipe nationale.
La chaleur, l’inconnue qui pourrait tout faire basculer
Le Mondial 2026 se déroulera aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Des conditions climatiques radicalement différentes de celles de 2018 en Russie ou de 2022 au Qatar. Deschamps l’a bien compris : "Lutter contre ces chaleurs, on va mettre des protocoles en place pour s’habituer quand nous serons à Boston."
Mais est-ce suffisant ?
À Roland-Garros, les secouristes sont intervenus 28 fois mardi en raison des températures caniculaires. Un record. Et si les joueurs de tennis, habitués aux conditions extrêmes, souffrent, que dire des footballeurs qui enchaînent les matchs à haute intensité ?
La France jouera ses matchs de poule à Dallas (Texas), où les températures peuvent dépasser les 40°C en juin. Puis, en cas de qualification, elle pourrait se déplacer à Mexico (2 200 mètres d’altitude) ou à Vancouver (climat océanique humide). Autant de défis physiques et mentaux qui n’ont rien à voir avec ceux de 2018.
Deschamps a raison de préparer son équipe à ces conditions. Mais comment simuler l’effet d’une canicule sur un stade de 80 000 spectateurs ? Comment anticiper la fatigue accumulée après un voyage de plusieurs heures entre deux matchs ? Et surtout, comment éviter que ces contraintes ne deviennent un prétexte en cas d’échec ?
Car le football, c’est aussi une question de mental. Et si la France trébuche dès les phases de poule, les critiques seront immédiates : "Ils n’étaient pas prêts", "Ils ont sous-estimé leurs adversaires", "Ils ont cru que ça se gagnerait tout seul". Exactement comme en 2002.
Arsenal, le club anglais qui fait rêver les Français… et qui pourrait les hanter
Pendant que le PSG se prépare pour sa finale, un autre club anglais fascine les supporters français : Arsenal. Le club londonien est devenu, au fil des années, "l’équipe anglaise préférée des Français", comme le souligne Le Figaro.
Pourquoi ? Parce qu’Arsenal incarne une forme de romantisme perdu. Un club qui a construit son identité sur un jeu offensif, une stabilité managériale (Wenger pendant 22 ans), et une fidélité à ses valeurs. Contrairement au PSG, qui change de coach tous les deux ans et recrute des stars sans construire un projet, Arsenal a su créer une alchimie collective.
Et c’est précisément cette alchimie qui pourrait poser problème à la France. Si Arsenal bat le PSG samedi, ce ne sera pas seulement une victoire sportive. Ce sera la preuve qu’une équipe peut gagner sans être composée des meilleurs joueurs du monde. Que la cohésion, la tactique et la discipline l’emportent sur le talent individuel.
Or, c’est exactement ce que Deschamps essaie de construire avec les Bleus. Une équipe où chaque joueur accepte son rôle, où les egos sont mis de côté, et où la victoire prime sur les performances individuelles. Mais si le PSG, avec ses stars françaises, échoue face à Arsenal, quel message cela enverra-t-il aux joueurs de l’équipe nationale ?
Mbappé, Dembélé, Hakimi et les autres devront alors choisir : rester des individualités brillantes, ou accepter de se fondre dans un collectif. Un choix qui pourrait déterminer le succès – ou l’échec – de la France au Mondial.
Le piège de la dernière danse : Deschamps, Mbappé et le poids de l’héritage
Didier Deschamps participe à son dernier Mondial en tant que sélectionneur. Une pression supplémentaire, car il sait que cette compétition pourrait sceller son héritage. "J’ai toujours cette envie et cette faim de gagner des trophées", a-t-il déclaré. Mais cette faim est-elle partagée par tous ses joueurs ?
Mbappé, lui, aborde ce Mondial avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Après une saison marquée par les blessures et la défaite en finale de C1, il a besoin d’un titre mondial pour confirmer son statut de meilleur joueur du monde. Mais s’il échoue, les critiques seront impitoyables : "Il n’a pas su porter son équipe", "Il a craqué sous la pression", "Il n’est pas à la hauteur de Messi ou de Ronaldo".
Pour Deschamps, la situation est encore plus délicate. S’il gagne, il deviendra le premier sélectionneur à remporter trois Coupes du monde (après 1998 en tant que joueur et 2018 en tant qu’entraîneur). S’il échoue, on lui reprochera d’avoir surestimé son équipe, d’avoir mal géré les egos, ou pire, d’avoir cru que le talent seul suffisait.
Car c’est là que réside le vrai danger pour la France : la croyance que le passé garantit l’avenir. En 2018, les Bleus avaient gagné sans être favoris. En 2022, ils avaient triomphé malgré les blessures et les tensions internes. Mais en 2026, ils arrivent avec le statut de double champions du monde. Un statut qui, paradoxalement, les rend plus vulnérables.
Conclusion (sans le dire) : La France a tous les ingrédients pour échouer… ou pour entrer dans l’histoire
La France a tout pour gagner ce Mondial : le talent, l’expérience, la profondeur de banc. Mais elle a aussi tout pour échouer : l’arrogance, la pression, les divisions internes, et cette fameuse "malédiction des favoris" qui a déjà coûté cher à tant d’équipes.
Deschamps a raison de mettre en garde ses joueurs. Car le football ne se gagne pas avec des certitudes, mais avec du travail, de l’humilité et une soif de victoire inextinguible. Or, aujourd’hui, la France semble déjà convaincue de son destin.
Si les Bleus veulent éviter le piège de 2002, ils devront :
- Oublier les pronostics et se concentrer sur chaque match comme s’il s’agissait d’une finale.
- Gérer la chaleur et la fatigue comme des adversaires à part entière.
- Trouver un équilibre entre les stars du PSG et le reste du groupe.
- Accepter que le talent ne suffit pas – la cohésion et la discipline seront décisives.
Et surtout, ils devront se rappeler une vérité simple : au football, les favoris perdent plus souvent qu’ils ne gagnent. La question n’est pas de savoir si la France est la meilleure équipe du monde. La question est de savoir si elle sera la plus forte quand ça comptera.
Le 19 juillet, on saura. D’ici là, Deschamps a raison de s’inquiéter. Car dans le football, comme dans la vie, ce sont ceux qui croient trop en leur destin qui finissent par le rater.