Défense, Ukraine, alimentation : les trois fronts géopolitiques de l'été
Emmanuel Macron clôt une décennie de réformes militaires, Paris accueille un sommet sur l'Ukraine, et la quête du "bien manger" interroge les dépendances stratégiques. Trois enjeux qui redessinent les équilibres.
Macron et les armées : dix ans de basculement stratégique
Emmanuel Macron prononce ce lundi son dernier discours aux armées, un exercice symbolique qui clot une décennie marquée par une transformation profonde du modèle militaire français. Depuis 2017, le budget de la défense a augmenté de 40 %, passant de 32 à 45 milliards d'euros annuels, selon les chiffres du ministère des Armées. Cette hausse, accélérée par la guerre en Ukraine, a permis à la France de se doter de nouveaux équipements – drones MALE, frégates FDI, avions ravitailleurs A330 MRTT – tout en modernisant son arsenal nucléaire.
Pourtant, ce bilan chiffré masque des tensions persistantes. Les relations entre le président et les militaires ont souvent été tendues, notamment lors de la crise des Gilets jaunes, où l'armée avait été sollicitée pour des missions de maintien de l'ordre. "Il y a eu des moments de défiance, des non-dits, mais aussi une prise de conscience collective : la France ne peut plus se contenter d'une posture défensive", analyse Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées, dans un entretien accordé à Libération. La ministre insiste sur la nécessité d'une "autonomie stratégique européenne", un concept qui a gagné en urgence avec le retour de la guerre sur le continent.
Cette autonomie passe notamment par des coopérations renforcées avec l'Allemagne (système de combat aérien SCAF) et l'Italie (drone MALE), mais aussi par une réorientation des priorités géographiques. La France a recentré ses efforts sur l'Europe de l'Est et l'Indo-Pacifique, où elle multiplie les exercices conjoints avec l'Australie et le Japon. "Le temps du déni est terminé", résume Rufo, évoquant la nécessité de réduire les dépendances aux États-Unis, notamment en matière de renseignement et de logistique.
Paris, capitale diplomatique de l'Ukraine
Alors que les combats font rage dans le Donbass, Paris accueille ce lundi un sommet de la "coalition des volontaires" pour l'Ukraine, réunissant une trentaine de pays. Ce rendez-vous, qui précède le défilé du 14 Juillet où 500 soldats ukrainiens défileront sur les Champs-Élysées, marque une nouvelle étape dans l'engagement occidental. Volodymyr Zelensky a annoncé un remaniement gouvernemental pour accompagner un "changement de stratégie politique", sans en préciser les contours.
Sur le terrain, la situation reste critique. Une attaque ukrainienne dans le sud-ouest de la Russie a provoqué un incendie dans une zone industrielle, selon Ouest-France, illustrant l'intensification des frappes transfrontalières. Ces opérations, menées avec des armes fournies par les Occidentaux, soulèvent des questions juridiques et stratégiques. "Nous sommes dans une guerre d'usure où chaque camp teste les limites de l'autre", explique un diplomate européen sous couvert d'anonymat.
Le sommet de Paris devrait aborder trois sujets clés : l'envoi de nouveaux systèmes de défense aérienne, le financement à long terme de la reconstruction ukrainienne, et les garanties de sécurité post-conflit. "La France joue un rôle de médiateur entre les États-Unis et les pays européens plus prudents, comme la Hongrie ou la Slovaquie", souligne Le Monde. Une position délicate, alors que l'OTAN, réunie à Washington la semaine dernière, peine à s'accorder sur une feuille de route commune.
L'alimentation, nouveau champ de bataille géopolitique
La quête du "bien manger" prend une dimension stratégique en 2026. Entre aliments protéinés, compléments vitaminés et produits "riches en fibres", les rayons des supermarchés reflètent une obsession croissante pour la nutrition fonctionnelle. Selon Le Dauphiné Libéré, cette tendance, amplifiée par les réseaux sociaux, interroge les dépendances alimentaires de la France.
Le pays importe 20 % de ses protéines végétales, principalement du soja brésilien et américain, et 30 % de ses fruits et légumes, selon les données de FranceAgriMer. "Cette dépendance est un risque en cas de crise géopolitique ou climatique", alerte un rapport du Sénat publié en juin. La guerre en Ukraine a déjà montré la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement, avec des pénuries temporaires de blé et d'huile de tournesol en 2022.
Face à ce constat, le gouvernement a lancé en 2025 un plan "Protéines France", visant à doubler la production nationale de légumineuses d'ici 2030. Mais les défis sont immenses : les surfaces cultivables se réduisent, et les agriculteurs peinent à se convertir aux cultures moins rentables que le blé ou le maïs. "La souveraineté alimentaire ne se décrète pas, elle se construit sur le terrain", résume un responsable de la FNSEA.
Cette quête d'autonomie s'étend aux compléments alimentaires, un marché en pleine expansion (+8 % par an depuis 2020). La France dépend à 60 % de la Chine pour ses vitamines et minéraux, une vulnérabilité pointée par la Direction générale de la concurrence. "Nous sommes dans une logique de surenchère nutritionnelle qui peut masquer des déséquilibres plus profonds", note un nutritionniste interrogé par Le Progrès. Entre santé publique et géopolitique, l'alimentation devient un enjeu aussi crucial que le gaz ou les semi-conducteurs.