Environnement : Dakhla se tropicalise, l'eau se privatise

Poissons tropicaux à Dakhla, pêche méditerranéenne en recul, ONEE sous pression : les eaux marocaines envoient trois signaux. Fès célèbre le livre.

Environnement : Dakhla se tropicalise, l'eau se privatise
Photo de Nick Karvounis sur Unsplash

Revue de presse du 20 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:23

L'océan tiédit, la Méditerranée lâche ses prises, l'ONEE prépare sa mue. En toile de fond, le même fil : l'eau. Celle qui change de température à Dakhla, celle qui ne remplit plus les filets à Tanger, celle que l'État marocain envisage de confier à une société anonyme. Contrepoint cette semaine : Fès rouvre le livre.

Pourquoi des poissons tropicaux apparaissent-ils à Dakhla ?

Le signal est scientifique, pas spectaculaire. Selon une étude publiée dans le Journal of Fish Biology et reprise par Hespress, trois espèces tropicales et subtropicales viennent d'être recensées pour la première fois dans la baie de Dakhla : le pompano atlantique (Chloroscombrus chrysurus), le poisson-papillon à quatre bandes (Chaetodon hoefleri) et le poisson-perroquet de Guinée (Scarus hoefleri).

Jusqu'ici, ces poissons ne remontaient pas aussi haut sur l'Atlantique marocain. Leur apparition ne relève pas du hasard migratoire. Les chercheurs y voient un indicateur direct des mutations environnementales en cours, autrement dit une extension progressive de leur aire de répartition vers le nord. Derrière la curiosité ichtyologique, une réalité plus sèche : le littoral marocain se tropicalise. Lentement, mais il se tropicalise.

La pêche méditerranéenne décroche — pourquoi ?

À l'autre bout du pays, les chiffres de l'Office national des pêches (ONP) racontent une histoire moins lyrique. Les débarquements côtiers et artisanaux sur les ports méditerranéens, de Tanger à Saïdia, ont reculé de 4 % sur le premier trimestre 2026, à 4 460 tonnes. En valeur, la chute est bien plus brutale : 208,5 millions de dirhams, soit un recul de 15 % comparé à la même période en 2025 (246,2 MDH).

Le détail est instructif. Les pélagiques progressent de 25 % en volume (1 062 tonnes), mais la valeur ne suit pas la courbe. Autrement dit, on pêche davantage de poisson bon marché et moins de poisson rentable. Le signal concerne directement les équilibres économiques des flottilles artisanales du nord, dont les marges sont déjà minces. Et il interroge : effet de cycle, pression sur la ressource, ou glissement structurel des espèces — comme ce qui s'observe à Dakhla ?

L'ONEE peut-il basculer vers le privé ?

L'alerte vient cette fois du terrain social. L'Union marocaine du travail (UMT), via sa Fédération nationale de l'eau potable (FNEP), dénonce, selon Hespress, une « privatisation rampante » du pôle production de l'Office national de l'électricité et de l'eau potable. Le syndicat évoque des plans non déclarés visant à faire basculer ce pôle sous le statut d'une société anonyme régie par la loi 17.95.

La fédération cite plusieurs signaux concrets : gel quasi total des recrutements, recours croissant à la sous-traitance, externalisation de fonctions. Le cadre juridique invoqué n'est pas anodin. Il ouvrirait la voie à des logiques de marché sur un service vital. Rien n'est officiellement tranché, et l'État ne s'est pas exprimé sur le dossier. Mais quand le syndicat majoritaire du secteur tire la sonnette d'alarme sur l'eau, dans un pays où chaque goutte est stratégique, l'enjeu dépasse le bras de fer social.

À Fès, le livre universitaire comme respiration

Changement de registre. La faculté des Lettres et des Sciences humaines Dhar El Mehraz de Fès accueille, du 21 au 23 avril, la Fête du livre universitaire, dans le cadre de la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur célébrée chaque 23 avril par l'UNESCO. Initiative du Forum de l'édition scientifique et de la gestion culturelle de l'établissement, la manifestation se tiendra à la faculté et au musée des sciences de l'Université Sidi Mohammed Ben Abdellah.

L'ouverture revient au professeur Omar Hali, conseiller du directeur général de l'Union des universités du monde islamique auprès de l'ISESCO. On peut juger l'événement discret face au bruit médiatique ambiant. On peut aussi y voir ce qui manque souvent : un espace où l'édition scientifique, la recherche et la culture se rencontrent, dans une ville qui sait, historiquement, ce que produire du savoir signifie.

Ce qu'il faut retenir

Trois dossiers sur l'eau, un rappel sur le livre. Les poissons tropicaux à Dakhla disent le climat. La pêche méditerranéenne en recul dit la ressource. L'ONEE sous tension dit la gouvernance. Et Fès rappelle qu'un pays ne se défend pas uniquement par ses filets et ses robinets — aussi par ses bibliothèques.