Mort de Prince Waly, Cheikh Hamidou Kane : quand la culture perd ses voix
Deux disparitions marquent la rentrée culturelle : le rappeur Prince Waly, figure d'une génération, et l'écrivain sénégalais Cheikh Hamidou Kane. Entre mémoire, engagement et enjeux écologiques, les fronts qui animent la culture française.
La culture française ouvre ce lundi 5 octobre 2026 sur un double deuil. Le rappeur Prince Waly, 34 ans, et l’écrivain sénégalais Cheikh Hamidou Kane, 98 ans, viennent de disparaître à quelques heures d’intervalle. Leurs trajectoires, aussi distinctes que leurs époques, rappellent combien la création artistique reste un miroir des combats d’une société – qu’ils soient intimes, politiques ou écologiques.
Prince Waly, le rap comme résilience
Atteint d’un cancer du thymus en 2019, puis d’une maladie auto-immune rare diagnostiquée en septembre, Prince Waly – de son vrai nom Moussa Magassa – incarnait une forme de vulnérabilité assumée dans le rap français. Son album Moussa (2022), marqué par une voix rauque et des textes introspectifs, avait révélé un artiste capable de transformer la maladie en matière poétique. "J’ai perdu ma voix, mais pas ma plume", confiait-il alors, évoquant les mois de silence imposés par son traitement.
Son parcours, entre guérison et rechute, interroge la place des artistes dans un milieu où la performance physique et vocale prime souvent. Le rap, genre souvent associé à l’hypervirilité, se trouve ici confronté à une autre réalité : celle d’un corps fragile, mais d’une parole qui persiste. "Il a montré que le rap pouvait être un exutoire, même quand on n’a plus la force de crier", résume un proche cité par Le Monde. Sa mort, annoncée dimanche, laisse orpheline une génération qui voyait en lui un pont entre la rue et l’intime.
Cheikh Hamidou Kane, l’héritage d’une Afrique en mouvement
L’écrivain sénégalais Cheikh Hamidou Kane, auteur de L’Aventure ambiguë (1961), s’éteint à Dakar à 98 ans. Ce roman, devenu un classique de la littérature africaine, explorait déjà les tensions entre tradition et modernité, entre l’Afrique et l’Occident. "Son œuvre a posé des questions qui résonnent encore aujourd’hui : comment concilier identité et progrès ?", souligne le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye dans un communiqué.
Kane, ancien haut fonctionnaire et ministre, avait choisi de rester en retrait des projecteurs ces dernières années. Pourtant, son influence persiste, notamment dans les débats sur la décolonisation des savoirs et la place des langues africaines dans l’éducation. "Il a écrit à une époque où l’Afrique cherchait sa voix. Aujourd’hui, cette quête continue", analyse un universitaire dakarois.
Grande distribution et agro-industrie : la guerre des récits
Pendant ce temps, un autre front s’ouvre, moins médiatisé mais tout aussi crucial : celui des prix de l’alimentation. Industriels et grandes enseignes s’affrontent sur la répartition des coûts, dans un contexte marqué par la hausse des matières premières et de l’énergie. "Les industriels réclament des augmentations que les distributeurs refusent, au nom du pouvoir d’achat", résume Le Monde, illustrant ce bras de fer par une photo d’un magasin Lidl à Marquette-lez-Lille.
Cette bataille de récits cache une réalité plus complexe : celle d’une filière agroalimentaire sous pression, où les marges se réduisent pour les agriculteurs comme pour les transformateurs. "On assiste à une financiarisation de l’alimentation, où les prix sont fixés par des logiques boursières plutôt que par le coût réel de production", déplore un syndicaliste agricole. Un enjeu qui dépasse le seul cadre économique pour toucher à la souveraineté alimentaire – et qui pourrait bien devenir un thème central des prochains mois.
Mary Cassatt, l’indépendance en héritage
À Paris, le musée d’Orsay inaugure ce mardi une rétrospective consacrée à Mary Cassatt (1844-1926), première exposition d’envergure en France dédiée à l’artiste américaine. Sous le titre "Mary Cassatt. L’indépendante", l’exposition met en lumière son parcours, entre impressionnisme et engagement féministe. "Nous voulions faire table rase de l’image de la peintre des mères et des enfants", expliquent les commissaires Caroline Corbeau-Parsons et Anne Robbins.
Le choix du mot "indépendante" n’est pas anodin. Cassatt, qui a vécu une grande partie de sa vie en France, a dû se battre pour imposer son style dans un milieu dominé par les hommes. Ses œuvres, souvent centrées sur des femmes dans leur quotidien, offrent un regard rare pour l’époque : celui d’une artiste qui refuse les codes de la féminité passive. "Elle a peint des femmes qui lisent, qui réfléchissent, qui ne sont pas réduites à leur rôle maternel", souligne Robbins. Un message qui résonne étrangement avec les débats contemporains sur la place des femmes dans l’art.
Ce qu’il faut retenir
- Deux disparitions symboliques : Prince Waly et Cheikh Hamidou Kane incarnent chacun à leur manière des combats culturels – l’un par la résilience, l’autre par la réflexion sur l’identité.
- Un secteur agroalimentaire sous tension : La guerre des prix entre industriels et distributeurs révèle les fragilités d’un système où les marges se réduisent pour tous, sauf pour les actionnaires.
- Mary Cassatt, une rétrospective qui tombe à point nommé : À l’heure où les musées français sont critiqués pour leur manque de parité, l’exposition d’Orsay rappelle qu’une femme artiste a su s’imposer dans un milieu hostile – et inspirer des générations.
Entre mémoire et actualité, la culture française continue de naviguer entre héritage et urgences contemporaines. Les voix qui s’éteignent laissent derrière elles des questions toujours ouvertes : comment concilier création et vulnérabilité ? Comment préserver la diversité des récits dans un monde globalisé ? Et surtout, qui décidera demain du prix de ce que nous mangeons – et de ce que nous lisons ?