Culture et climat : la France entre héritage fragile et transition

Culture et environnement : la France remplit ses cuves de gaz, les renouvelables doublent le charbon, Grasset se vide. Trois fronts, une même fébrilité.

Culture et climat : la France entre héritage fragile et transition
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Revue de presse du 21 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:21

Drôle d'époque pour faire le plein. La France commence à remplir ses cuves de gaz pendant qu'Ember annonce que les renouvelables viennent, pour la première fois, de dépasser le charbon dans la production mondiale d'électricité. Pendant ce temps, chez Grasset, les auteurs cherchent la sortie. Trois scènes, un même décor : celui d'une culture et d'un environnement qui se reconfigurent sous tension.

Pourquoi la France stocke-t-elle du gaz dans l'urgence ?

La saison de remplissage a repris, rapporte Le Monde. Rien d'inhabituel en apparence — c'est le rite printanier des gaziers européens. Sauf que la guerre au Moyen-Orient désorganise en profondeur les marchés, et que chaque mètre cube injecté dans les cavernes salines des Yvelines ou d'ailleurs compte désormais comme un acte géopolitique.

La dépendance européenne au gaz ne se résorbe pas, elle se déplace. Après le sevrage russe, les molécules viennent du Qatar, des États-Unis, d'Algérie. Les routes s'allongent, les prix frémissent, et les opérateurs de stockage travaillent à flux tendu pour éviter qu'un hiver froid ne se transforme en crise sociale. Remplir tôt, c'est acheter la paix. Le problème : cette paix coûte cher, et elle se négocie sur un marché mondial où l'Europe n'a plus la main.

Les renouvelables dépassent le charbon : rupture ou mirage ?

À l'échelle planétaire, 2025 a marqué un seuil. Selon le rapport annuel du groupe de réflexion Ember relayé par Le Monde, l'électricité produite à partir d'énergies renouvelables a pour la première fois dépassé celle issue du charbon. La bascule est symbolique — et elle n'était pas garantie, tant la demande mondiale d'électricité continue de grimper.

Le solaire a encaissé l'essentiel de cette hausse. Des fermes flottantes au large de la Chine aux toitures européennes, les panneaux se sont multipliés assez vite pour absorber la pression supplémentaire sur les réseaux, sans que le charbon ne regagne de terrain. Il serait pourtant prématuré de déclarer la partie gagnée : le charbon recule en part relative, pas en volume absolu, et le gaz reste la béquille favorite des pays qui redoutent l'intermittence. La France, justement, en remplit ses cuves. On mesure là toute l'ambiguïté de la transition : les courbes s'inversent, les infrastructures fossiles tiennent.

Grasset sous Bolloré : comment les auteurs peuvent-ils partir ?

La culture, elle, affronte sa propre recomposition. Depuis l'éviction du patron historique Olivier Nora, la maison Grasset — désormais dans le giron du groupe Bolloré — voit une partie de ses auteurs chercher la porte. Le Monde détaille un casse-tête juridique : récupérer ses droits sans sacrifier son économie relève du parcours d'obstacles, entre clauses de préférence, stocks invendus et à-valoir à rembourser.

La question dépasse le cas Grasset. Elle pose celle de la liberté éditoriale à l'heure où l'édition française continue de se concentrer autour de quelques mastodontes. Un auteur peut-il vraiment choisir sa maison quand trois groupes pèsent l'essentiel du marché ? La réponse, pour l'instant, tient dans le détail des contrats — et dans le courage de quelques écrivains prêts à payer le prix de leur départ.

Que vient faire le Siècle d'or au Musée Jacquemart-André ?

Heureusement, il reste des lieux où la culture respire sans bruit d'actionnaires. Au Musée Jacquemart-André, la collection Huntington, prêtée par l'Hispanic Society of America de New York, déploie une quarantaine de toiles du Siècle d'or espagnol — Velázquez, le Greco, Zurbarán. Un rappel utile : la grande peinture espagnole du XVIIe siècle a nourri une bonne partie de l'imaginaire catholique européen, et ses éclats trouvent aujourd'hui un écho singulier à Paris.

L'exposition est aussi un petit geste diplomatique. Une institution new-yorkaise fondée au début du XXe siècle pour sauver ce patrimoine vient en prêter les joyaux à une maison parisienne. Quand tant d'institutions rapatrient, protègent, verrouillent, le Jacquemart-André rappelle ce que la circulation des œuvres peut produire : de l'attention partagée, et la chance, pour un public français, d'attraper Les Noces de Cana de Nicolas de Correa à portée de métro.

Ce qu'il faut retenir

Un pays qui stocke son gaz, une planète qui bascule — doucement — vers le solaire, une maison d'édition qui se vide, un musée qui accueille le Siècle d'or. Le fil commun ? Une France qui négocie, simultanément, sa sécurité énergétique, sa transition climatique et l'indépendance de sa vie culturelle. Trois chantiers, trois rythmes, aucun terminé.