Coopératives et soft power : les deux leviers économiques du Maroc en 2026
Le Maroc mise sur l’inclusion financière des coopératives et l’héritage du Mondial 2026 pour renforcer son économie sociale et son influence. Analyse des stratégies en cours.
Le Maroc aborde l’été 2026 avec deux chantiers économiques discrets mais structurants : le renforcement de son tissu coopératif et la capitalisation sur l’héritage du Mondial de football. Ces deux axes, l’un ancré dans le développement territorial, l’autre dans la projection internationale, illustrent une stratégie où l’économie sociale et le soft power deviennent des piliers complémentaires.
Coopératives : l’inclusion financière comme levier de résilience
L’Office du Développement de la Coopération (ODCO) et JAIDA, société de financement dédiée à l’économie sociale et solidaire, ont signé le 9 juillet une convention pour faciliter l’accès au crédit des coopératives marocaines. Ce partenariat, annoncé par Hespress, vise à répondre à un double défi : le sous-financement chronique de ces structures et leur rôle croissant dans l’emploi local, notamment en milieu rural.
Les coopératives, qui emploient plus de 600 000 personnes selon les données de l’ODCO, souffrent depuis des années d’un accès limité aux financements bancaires traditionnels. Leur modèle, souvent perçu comme risqué par les institutions financières, repose sur des garanties collectives et des projets à faible rentabilité immédiate. La convention entre JAIDA et l’ODCO entend contourner cet obstacle en proposant des prêts adaptés, accompagnés d’un suivi technique pour assurer la pérennité des projets.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de formalisation de l’économie sociale. Depuis 2023, le Maroc a adopté une loi-cadre pour encadrer le secteur, avec pour objectif de doubler le nombre de coopératives d’ici 2030. Les secteurs prioritaires – agriculture, artisanat et énergies renouvelables – reflètent les besoins du pays : sécuriser les chaînes de valeur locales, réduire la dépendance aux importations et créer des emplois dans les zones enclavées.
Pourtant, les défis restent nombreux. Les coopératives peinent à passer à l’échelle, freinées par des problèmes de gouvernance et un manque de compétences en gestion. Le partenariat avec JAIDA pourrait atténuer ces lacunes, mais son succès dépendra de la capacité des acteurs locaux à s’approprier ces outils. Comme le soulignait un rapport de la Banque mondiale en 2025, "l’inclusion financière ne suffit pas : elle doit s’accompagner d’un accompagnement technique pour transformer les coopératives en acteurs économiques durables".
Mondial 2026 : le soft power comme héritage économique
L’élimination du Maroc en quarts de finale du Mondial 2026, face à la France (0-2), a marqué la fin d’un parcours sportif historique. Mais pour les autorités marocaines, l’enjeu dépasse désormais le terrain. Une étude du Centre africain des études stratégiques et de la digitalisation (CAESD), relayée par Hespress, propose de faire de cet événement un levier de soft power économique et culturel.
L’idée n’est pas nouvelle : le Maroc a déjà utilisé le football comme outil diplomatique, notamment lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar, où les performances des Lions de l’Atlas avaient renforcé son image en Afrique et dans le monde arabe. Mais en 2026, avec une coorganisation prévue en 2030 (aux côtés de l’Espagne et du Portugal), le pays dispose d’une opportunité unique pour ancrer cette dynamique.
Le rapport du CAESD suggère trois axes pour capitaliser sur cet héritage :
- La recherche et l’innovation : Créer une "Académie Mohammed VI des sciences et technologies", sur le modèle de l’Académie Mohammed VI de football, pour former des talents dans les domaines des mathématiques, de l’intelligence artificielle et de l’industrie. L’objectif ? Faire du Maroc un hub régional pour les technologies de pointe, en s’appuyant sur l’attractivité médiatique du football.
- La diplomatie culturelle : Utiliser les infrastructures sportives construites pour le Mondial 2026 comme plateformes de coopération internationale, notamment avec l’Afrique subsaharienne. Le rapport cite en exemple les partenariats déjà existants dans le domaine de la santé (chirurgie robotique) et de l’énergie (hydrogène vert).
- Le récit national : Renforcer la cohésion sociale en mettant en avant des figures comme Yassine Bounou, héros du quart de finale contre la France, ou les joueurs issus de l’immigration européenne. Ces profils, à la fois marocains et internationaux, incarnent une modernité que le pays cherche à promouvoir.
Pourtant, cette stratégie se heurte à des limites. D’abord, le coût des infrastructures : le Mondial 2026 a déjà nécessité des investissements massifs, et leur reconversion en outils économiques durables reste un défi. Ensuite, la concurrence régionale : l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis investissent des milliards dans le sport et la culture, avec des moyens bien supérieurs à ceux du Maroc.
Enfin, le soft power marocain est parfois fragilisé par des tensions diplomatiques, comme en témoignent les incidents survenus à Paris après la victoire des Lions de l’Atlas. Hespress rapporte ainsi des actes de vandalisme contre des drapeaux marocains, reflétant une animosité nourrie par des années de rivalité entre supporters algériens et marocains. Ces épisodes rappellent que l’influence culturelle ne se décrète pas : elle se construit dans la durée, et peut être remise en cause par des crises ponctuelles.
Ce qu’il faut retenir
- L’économie sociale prend une nouvelle dimension : Le partenariat entre JAIDA et l’ODCO marque une étape dans la formalisation des coopératives, mais son succès dépendra de l’accompagnement technique et de la capacité des acteurs locaux à s’approprier ces outils.
- Le Mondial 2026 comme tremplin : Le Maroc cherche à transformer son parcours sportif en levier économique, en misant sur l’innovation et la diplomatie culturelle. Mais cette stratégie devra composer avec des contraintes budgétaires et une concurrence régionale féroce.
- Deux modèles complémentaires : D’un côté, une approche bottom-up (coopératives) pour renforcer la résilience des territoires ; de l’autre, une stratégie top-down (soft power) pour projeter une image moderne du pays. Ces deux dynamiques, si elles sont bien articulées, pourraient redessiner l’économie marocaine dans les années à venir.
Reste une question centrale : ces initiatives suffiront-elles à réduire les fractures territoriales et sociales qui persistent ? Le financement des coopératives et l’héritage du Mondial 2026 sont des pas dans la bonne direction, mais leur impact dépendra de la capacité du pays à concilier ambition internationale et développement local.