Géopolitique : Congo, Cisjordanie et Brésil, les fronts qui engagent la France

En RDC, Joseph Kabila prend la tête d’une rébellion. Israël étend ses zones tampons en Cisjordanie. Au Brésil, Lula et Bolsonaro s’affrontent dans un second tour serré. Les enjeux pour Paris.

Géopolitique : Congo, Cisjordanie et Brésil, les fronts qui engagent la France
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La géopolitique de ce dimanche 25 octobre 2026 se cristallise autour de trois crises régionales dont les répercussions dépassent largement leurs frontières. En République démocratique du Congo (RDC), l’ancien président Joseph Kabila a pris la tête d’une rébellion armée dans l’est du pays, ravivant les tensions avec Kinshasa. En Cisjordanie, Israël poursuit son expansion de « zones tampons » sous couvert de sécurité, tandis qu’au Brésil, le second tour de l’élection présidentielle oppose Luiz Inácio Lula da Silva à Flavio Bolsonaro dans un scrutin aux allures de référendum sur l’héritage de l’extrême droite. Pour la France, ces dossiers s’inscrivent dans une diplomatie déjà mise à l’épreuve par les crises ukrainienne et moyen-orientale.


RDC : Joseph Kabila, de l’exil à la rébellion armée

L’annonce, le 12 octobre, de la prise de commandement par Joseph Kabila d’une rébellion politico-militaire dans l’est de la RDC marque un tournant dans le conflit qui déchire la région depuis des décennies. Condamné à mort par contumace en 2024 et contraint à l’exil après avoir quitté la présidence en 2019, l’ancien chef de l’État a justifié son retour aux armes par la « tyrannie » de son successeur, Félix Tshisekedi. Une rhétorique qui s’inscrit dans une lignée familiale : son père, Laurent-Désiré Kabila, avait lui-même renversé Mobutu Sese Seko en 1997 à la tête d’une insurrection.

Les motivations de cette rébellion restent floues, mais les analystes pointent plusieurs facteurs. D’abord, la dégradation des relations entre Kinshasa et Kigali, accusé par la RDC de soutenir les groupes armés dans l’est du pays, notamment le M23. Ensuite, l’échec des accords de paix successifs, qui n’ont jamais permis de désarmer les milices ni de stabiliser la région. Enfin, la présence de ressources minières stratégiques – cobalt, coltan, or – alimente les convoitises et complique toute résolution durable du conflit.

Pour la France, engagée militairement au Sahel et en soutien à l’ONU en RDC, cette escalade pose un dilemme. Paris a toujours entretenu des relations étroites avec Kinshasa, tout en évitant de s’aliéner les pays voisins, comme le Rwanda. Une médiation française, déjà tentée sans succès sous Emmanuel Macron, semble aujourd’hui improbable : Tshisekedi a clairement indiqué qu’il ne négocierait pas avec les « putschistes ». Reste la voie onusienne, où la France pourrait peser pour un renforcement de la Monusco, la mission de maintien de la paix, déjà critiquée pour son inefficacité.


Cisjordanie : Israël étend son emprise sous couvert de sécurité

Depuis le « cessez-le-feu » d’octobre 2025, Israël a transformé des pans entiers de la Cisjordanie en « zones tampons », présentées comme des ceintures de sécurité destinées à protéger ses frontières. Ces territoires, occupés de facto, sont le théâtre de destructions massives, de déplacements forcés de populations palestiniennes et de la construction d’infrastructures militaires. Rien ne garantit leur caractère provisoire : selon des observateurs internationaux, ces mesures s’apparentent à une annexion rampante.

L’escalade récente a été déclenchée par l’attaque meurtrière du 22 octobre près de Hébron, au cours de laquelle deux soldats israéliens ont été tués. En réaction, l’armée israélienne a ordonné le bouclage de la Cisjordanie et déplacé près de 2 000 Palestiniens, selon des sources locales. Benyamin Nétanyahou a justifié ces mesures par la nécessité de « frapper fort » contre le terrorisme, une rhétorique qui rappelle les opérations menées à Gaza ces dernières années.

Pour la diplomatie française, cette situation est un casse-tête. Paris a toujours défendu la solution à deux États, mais les positions israéliennes, de plus en plus radicales, rendent ce scénario improbable. Emmanuel Macron a condamné à plusieurs reprises les « violations du droit international » par Israël, sans pour autant remettre en cause le soutien militaire et économique de la France à Tel-Aviv. Une ambiguïté qui reflète les divisions européennes : si certains pays, comme l’Irlande ou la Belgique, poussent pour des sanctions, d’autres, comme l’Allemagne, restent alignés sur Washington.

La question palestinienne, reléguée au second plan depuis le début de la guerre en Ukraine, revient ainsi sur le devant de la scène. Avec un risque : que la Cisjordanie devienne, à l’image de Gaza, un territoire ingouvernable, où la violence structurelle remplace toute perspective politique.


Brésil : Lula et Bolsonaro s’affrontent dans un second tour serré

Le second tour de l’élection présidentielle brésilienne, qui se tient ce dimanche, oppose Luiz Inácio Lula da Silva à Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro. Après un premier tour serré le 4 octobre, où Lula n’a devancé son rival que de deux points, les deux candidats ont mené une campagne agressive, marquée par des accusations de fraude et des appels à la mobilisation de leurs bases respectives.

Lula, qui brigue un quatrième mandat, a bénéficié d’un sursaut de soutien dans les derniers jours, notamment grâce à des mesures sociales ciblées, comme l’augmentation du salaire minimum et des aides aux familles modestes. Flavio Bolsonaro, lui, mise sur la polarisation : il a repris à son compte les thèmes chers à son père, comme la défense des valeurs conservatrices, la lutte contre la « gauche radicale » et la remise en cause des institutions démocratiques.

Pour la France, le résultat de ce scrutin aura des conséquences majeures. Lula incarne une ligne pro-européenne et favorable au multilatéralisme, tandis que Bolsonaro, comme son père, est perçu comme un allié des régimes autoritaires, notamment en Amérique latine. Paris a déjà indiqué qu’il respecterait le choix des Brésiliens, mais une victoire de l’extrême droite compliquerait les négociations sur des dossiers clés, comme la lutte contre la déforestation en Amazonie ou les accords commerciaux entre l’UE et le Mercosur.

Au-delà du Brésil, ce scrutin est un test pour la démocratie en Amérique latine. Au Salvador, Nayib Bukele a récemment fait adopter une réforme constitutionnelle lui permettant de briguer un troisième mandat, tandis qu’au Mexique, Andrés Manuel López Obrador a tenté, sans succès, de modifier les règles électorales. Dans ce contexte, une victoire de Bolsonaro pourrait encourager les tendances autoritaires sur le continent.


Ce qu’il faut retenir

  • RDC : Joseph Kabila prend la tête d’une rébellion dans l’est du pays, ravivant les tensions avec Kinshasa. La France, engagée militairement en Afrique, pourrait être appelée à jouer un rôle de médiation, mais les marges de manœuvre sont étroites.
  • Cisjordanie : Israël poursuit son expansion de « zones tampons », au mépris du droit international. La France, qui défend la solution à deux États, se heurte à l’intransigeance de Tel-Aviv et aux divisions européennes.
  • Brésil : Le second tour de la présidentielle oppose Lula à Flavio Bolsonaro dans un scrutin serré. Une victoire de l’extrême droite aurait des répercussions sur les relations entre Paris et Brasilia, notamment sur les dossiers environnementaux et commerciaux.

Ces trois crises illustrent les limites de la diplomatie française, tiraillée entre ses valeurs et ses intérêts stratégiques. Dans un monde où les conflits régionaux se multiplient, Paris devra choisir entre une posture de principe, souvent coûteuse, et un réalisme qui risque de saper sa crédibilité.