Colombie, Syrie, Ouzbékistan : les tensions géopolitiques qui résistent à l'été

En Colombie, le nouveau président durcit sa ligne contre les groupes armés, tandis que la Syrie et la Russie scellent un accord sur des bases militaires stratégiques. Tour d'horizon des fronts qui échappent à la trêve estivale.

Colombie, Syrie, Ouzbékistan : les tensions géopolitiques qui résistent à l'été
Photo de Al Soot sur Unsplash

L’été 2026, marqué par des records climatiques et des crises sociales en Europe, n’a pas éteint les foyers de tension géopolitique. Entre l’Amérique latine, le Moyen-Orient et l’Asie centrale, plusieurs dossiers continuent de peser sur les équilibres régionaux, révélant des dynamiques qui pourraient s’accélérer à la rentrée. Tour d’horizon des fronts où la diplomatie et la force s’entremêlent, loin des plages et des festivals.


Colombie : le virage sécuritaire du président De la Espriella

Six membres de groupes armés ont été tués lors d’opérations militaires menées dans le sud du pays, les premières depuis l’investiture d’Abelardo de la Espriella, le 7 août. Le nouveau président, élu sur un programme de "main ferme" contre l’insécurité, a immédiatement rompu avec la politique de négociation de son prédécesseur, Gustavo Petro, qui avait engagé des pourparlers avec les guérillas et les groupes criminels. "Ces opérations envoient un message clair et percutant pour tous les bandits", a déclaré De la Espriella, citant une source officielle colombienne.

Ce revirement stratégique intervient dans un contexte de recrudescence des violences dans les zones rurales, où les dissidents des FARC et l’Armée de libération nationale (ELN) continuent de contrôler des territoires clés pour le trafic de drogue et l’exploitation minière illégale. Les observateurs s’interrogent sur la capacité du gouvernement à contenir une escalade, alors que les groupes armés pourraient répondre par des attaques ciblées contre les infrastructures ou les élus locaux. "La Colombie entre dans une phase de confrontation directe, avec le risque d’un retour à une guerre de basse intensité", analyse un chercheur spécialiste de la région, cité par Le Monde.


Syrie-Russie : un accord sur les bases militaires qui consolide l’influence de Moscou

Après dix-huit mois de négociations, Damas et Moscou ont annoncé dimanche un accord sur le statut de deux bases militaires russes situées sur la côte syrienne. Ces installations, utilisées massivement pendant la guerre civile pour soutenir le régime de Bachar el-Assad, étaient jusqu’ici exploitées dans un flou juridique, malgré leur rôle central dans la projection de puissance russe en Méditerranée orientale. "Cet accord pérennise la présence militaire russe en Syrie, au moment où les États-Unis réduisent leur engagement dans la région", souligne un diplomate européen.

Les détails de l’accord restent confidentiels, mais selon des sources proches des négociations, il inclurait une extension des baux pour une durée indéterminée, ainsi que des garanties sur l’immunité des personnels russes. Pour la Syrie, cet accord offre une bouffée d’oxygène économique et sécuritaire, alors que le pays reste sous le coup de sanctions internationales. Pour la Russie, il s’agit d’une victoire symbolique, dans un contexte de tensions croissantes avec l’OTAN. "Moscou montre qu’elle reste un acteur incontournable au Moyen-Orient, malgré la guerre en Ukraine", estime un analyste du Dauphiné Libéré.


Ouzbékistan : le tourisme de masse, une menace pour les habitants des "routes de la soie"

L’Ouzbékistan, longtemps fermé aux visiteurs étrangers, est devenu en quelques années une destination prisée des touristes en quête d’exotisme et de paysages préservés. Mais cette soudaine popularité a un coût : "Le tourisme est un tueur en série", résume un habitant de Boukhara, cité par Libération. Les villes historiques de Samarcande, Khiva et Boukhara, classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, voient leurs loyers exploser, tandis que les commerces locaux sont remplacés par des boutiques de souvenirs et des cafés branchés.

Les autorités ouzbèkes, conscientes du problème, tentent de réguler le flux de visiteurs, mais les mesures restent timides face à l’afflux de capitaux étrangers. "Les investisseurs chinois et russes rachètent des quartiers entiers pour en faire des complexes hôteliers, sans se soucier des habitants", explique un urbaniste local. Le phénomène illustre une tendance plus large en Asie centrale, où le tourisme, présenté comme une manne économique, se transforme en facteur de gentrification et de tensions sociales.


Ce qu’il faut retenir

  1. Colombie : Le nouveau président durcit sa ligne contre les groupes armés, marquant une rupture avec la politique de dialogue de son prédécesseur. Les risques d’escalade sont réels, dans un pays où les guérillas contrôlent encore des pans entiers du territoire.
  2. Syrie-Russie : L’accord sur les bases militaires consolide la présence russe en Méditerranée, au moment où les États-Unis se désengagent progressivement du Moyen-Orient. Un signal fort envoyé à l’OTAN.
  3. Ouzbékistan : Le boom touristique, s’il profite à l’économie, menace le mode de vie des habitants des villes historiques. Un exemple des effets pervers du tourisme de masse dans les pays émergents.

Ces trois dossiers montrent que, même en plein été, la géopolitique ne prend pas de vacances. Les décisions prises ces dernières semaines pourraient redessiner les équilibres régionaux à l’automne, alors que les grandes puissances reprennent leur agenda diplomatique.