Climat, IA et patrimoine : les mobilisations qui redéfinissent la culture en France

Après un été de records climatiques, 120 000 manifestants ont défilé samedi pour le climat. Pendant ce temps, l’IA interroge la création artistique, du cinéma à la littérature.

Climat, IA et patrimoine : les mobilisations qui redéfinissent la culture en France
Photo de Priyank Pathak sur Unsplash

Après l’été des records, la France dans la rue pour le climat

Samedi 26 septembre, plus de 250 villes françaises ont vu défiler des cortèges pour « le climat, le vivant, la paix et la justice sociale ». Selon les organisateurs – un collectif d’associations écologistes et de syndicats –, 120 000 personnes ont participé à ces rassemblements, un chiffre qui reste à confirmer par les autorités. À Paris, Bordeaux, Rennes ou Annecy, les slogans ont résonné avec une urgence nouvelle : « On est plus chauds que le climat », pouvait-on lire sur une banderole en Haute-Savoie, où la fonte des glaciers et le projet d’autoroute A412 cristallisent les tensions locales.

Ces manifestations interviennent après un été marqué par des records de chaleur, des incendies et des épisodes de sécheresse qui ont touché l’ensemble du territoire. « J’aurais aimé qu’on soit plus nombreux, après l’été que l’on vient de passer », confie une manifestante parisienne, citée par l’AFP. Le gouvernement doit présenter dans les prochains jours un plan d’adaptation nationale au changement climatique, mais les associations jugent les mesures annoncées insuffisantes, notamment sur la question des subventions aux énergies fossiles.

La mobilisation de samedi s’inscrit dans une dynamique plus large, où l’écologie croise d’autres combats – sociaux, antiracistes ou pacifistes. À Die, dans la Drôme, des militants ont ainsi lié la question climatique à celle des migrations, tandis qu’à Strasbourg, une marche a été organisée en solidarité avec les victimes des inondations en Allemagne et en Belgique. « Ce n’est plus seulement une question environnementale, c’est une question de survie collective », résume un membre du collectif Alternatiba.


L’IA au cinéma : ressusciter Orson Welles, mais à quel prix ?

C’est un projet qui fascine autant qu’il inquiète. Edward Saatchi, producteur britannique et entrepreneur dans le domaine de l’intelligence artificielle, veut recréer la fin perdue de La Splendeur des Amberson, le chef-d’œuvre d’Orson Welles sorti en 1942. Le film, considéré comme l’un des plus grands de l’histoire du cinéma, avait été remonté contre la volonté de son réalisateur par les studios RKO, qui avaient supprimé près de 50 minutes de métrage. La version originale, jugée trop sombre et trop longue, avait été détruite.

Soixante-quatre ans plus tard, Saatchi propose de reconstituer cette fin disparue grâce à l’IA. « Nous avons entraîné des modèles sur l’ensemble de l’œuvre de Welles, ses notes de tournage et les rushes disponibles », explique-t-il dans M le Magazine du Monde. L’objectif ? Générer des images et des dialogues qui respecteraient le style du cinéaste, afin de proposer une version « aussi fidèle que possible à sa vision ».

Le projet divise. Certains y voient une opportunité de rendre justice à un génie du cinéma, d’autres une dérive technologique qui risque de banaliser la manipulation des œuvres posthumes. « L’IA ne peut pas remplacer la créativité humaine, encore moins celle d’un artiste comme Welles », estime un historien du cinéma interrogé par Le Monde. « C’est une forme de révisionnisme numérique, qui pose des questions éthiques sur la propriété des œuvres et le respect de l’intention de leur auteur. »

Le débat dépasse le cas d’Orson Welles. En France, où le cinéma est protégé par des dispositifs comme le CNC, l’arrivée de l’IA dans la production artistique interroge. Faut-il encadrer ces pratiques ? Comment concilier innovation et préservation du patrimoine ? Pour l’instant, aucune réglementation spécifique n’existe, mais le sujet commence à émerger dans les discussions entre professionnels du secteur.


Vélo et Résistance : quand l’histoire éclaire les mobilités d’aujourd’hui

Faute d’essence, la bicyclette est devenue un moyen de transport essentiel pendant la Seconde Guerre mondiale. Deux livres récents, La Petite Reine des années noires de Sébastien Albertelli et Clément Dusong, et Le Vélo sous l’Occupation de Jean-Paul Vespini, rappellent cette histoire méconnue, où la petite reine a joué un rôle à la fois pratique et symbolique.

Entre 1940 et 1944, les Français ont massivement adopté le vélo, faute de carburant et de transports en commun fonctionnels. Les usines Peugeot et Mercier, reconverties dans la production de bicyclettes, ont vu leurs ventes exploser. Mais le vélo a aussi été un outil de la Résistance : messagers, agents de liaison et même saboteurs l’ont utilisé pour contourner les contrôles allemands. « Le vélo permettait de se déplacer rapidement, sans attirer l’attention, et de transporter des documents ou des armes », explique Sébastien Albertelli.

Cette histoire résonne aujourd’hui, alors que les villes françaises cherchent à promouvoir les mobilités douces. À Grenoble, où le covoiturage organisé est testé depuis plusieurs mois, ou à Paris, où les pistes cyclables se multiplient, le vélo est de nouveau présenté comme une solution face aux défis climatiques et urbains. « L’Occupation a montré que le vélo pouvait être bien plus qu’un loisir : un outil de liberté et de résistance », souligne Jean-Paul Vespini. Une leçon qui, quatre-vingts ans plus tard, n’a rien perdu de sa pertinence.


Ce qu’il faut retenir

  1. Une mobilisation climatique en demi-teinte : Si les marches du 26 septembre ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes, les organisateurs espéraient une participation plus massive, après un été marqué par des événements climatiques extrêmes. Le mouvement écologiste français reste fragmenté, entre associations traditionnelles, collectifs locaux et nouveaux acteurs comme Alternatiba, qui lient la question climatique à d’autres luttes sociales.
  2. L’IA au service du patrimoine… ou de sa réinvention ? : Le projet de recréer la fin perdue de La Splendeur des Amberson relance le débat sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la culture. Entre hommage et manipulation, la frontière est ténue, et les professionnels du secteur commencent à s’interroger sur la nécessité d’un cadre éthique.
  3. Le vélo, un héritage de la Résistance : Les livres de Sébastien Albertelli et Jean-Paul Vespini rappellent que la petite reine a été bien plus qu’un simple moyen de transport pendant la guerre. Aujourd’hui, alors que les villes cherchent à réduire leur dépendance à la voiture, cette histoire offre une perspective nouvelle sur les mobilités douces.