Climat, cinéma et déforestation : les fronts culture et écologie qui engagent la France

À six mois de la présidentielle, Jean-Marc Jancovici alerte sur l’urgence climatique. Pendant ce temps, le cinéma russe en exil interroge la guerre, et la déforestation s’aggrave en Afrique centrale.

Climat, cinéma et déforestation : les fronts culture et écologie qui engagent la France
Photo de palesa sur Unsplash

Le 14 octobre 2026, trois sujets cristallisent les tensions entre culture et environnement en France : l’urgence climatique, devenue un enjeu politique majeur à six mois de l’élection présidentielle ; la déforestation, qui s’accélère dans le bassin du Congo malgré des progrès en Amazonie ; et le cinéma, où des réalisateurs en exil utilisent la fiction pour questionner la guerre. Trois fronts qui, chacun à leur manière, révèlent les contradictions d’une société en quête de sens.


Jean-Marc Jancovici : « Sans compréhension partagée du climat, le politique ne bougera pas »

À quelques mois du premier tour de la présidentielle de 2027, Jean-Marc Jancovici, ingénieur et fondateur du think tank The Shift Project, dresse un constat sans appel : « Tant qu’il n’y a pas dans la population une compréhension partagée du climat, le politique ne bougera pas ». Dans un entretien accordé au Monde, l’expert, dont les travaux sur la transition énergétique font référence, souligne l’écart persistant entre les discours et les actes. « Les gouvernements successifs ont multiplié les plans, les feuilles de route, les COP… Mais concrètement, les émissions de CO₂ continuent d’augmenter en France », rappelle-t-il.

Pour Jancovici, le blocage est avant tout culturel. « On ne peut pas demander aux citoyens de changer leurs modes de vie si on ne leur explique pas pourquoi. Or, aujourd’hui, le débat climatique reste technique, réservé à une élite. Il faut une pédagogie massive, accessible, qui parte du quotidien ». Une analyse qui résonne alors que les lycées sont en grève et que les mobilisations écologistes peinent à fédérer au-delà des cercles militants.

Le fondateur de The Shift Project pointe aussi les limites des solutions technologiques, souvent présentées comme des remèdes miracles. « L’hydrogène vert, les voitures électriques, les petits réacteurs nucléaires… Ce sont des outils, pas des fins en soi. Sans sobriété, ils ne suffiront pas ». Une position qui contraste avec les annonces récentes du gouvernement, qui mise sur l’innovation pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.


Déforestation : l’Amazonie ralentit, le bassin du Congo s’embrase

Le dernier rapport annuel sur la déforestation, publié ce 14 octobre, apporte une lueur d’espoir… et un coup de semonce. En 2025, le rythme de destruction des forêts a globalement ralenti, grâce à des politiques de protection renforcées au Brésil, en Indonésie et en Colombie. « L’Amazonie brésilienne a connu sa plus faible déforestation depuis 2012 », note le document, qui salue les efforts du gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva.

Mais ce progrès masque une réalité plus sombre : le bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète, voit sa situation se dégrader. « La République démocratique du Congo, le Gabon et le Cameroun ont enregistré des pertes records », alerte le rapport. Les causes ? L’exploitation forestière illégale, l’expansion agricole et les projets miniers, souvent soutenus par des investisseurs étrangers. « Les promesses de financement international pour protéger ces forêts ne se concrétisent pas assez vite », déplore un expert cité par Le Monde.

En France, la question divise. Certains plaident pour un durcissement des règles sur les importations de bois et de minerais issus de zones déboisées, tandis que d’autres craignent un isolement économique. « On ne peut pas demander aux pays africains de renoncer à leur développement. Mais on peut exiger des garanties environnementales », estime un responsable d’ONG.


Cinéma : Andreï Zviaguintsev et la guerre en Ukraine, entre fiction et exil

Alors que la guerre en Ukraine entre dans sa quatrième année, le cinéma russe en exil continue de servir de caisse de résonance aux horreurs du conflit. En compétition aux Oscars pour représenter la France, Minotaure, le dernier film d’Andreï Zviaguintsev, s’inspire librement de La Femme infidèle de Claude Chabrol pour explorer les thèmes de la trahison, de la culpabilité et de la violence d’État. « Je ne suis pas un animal politique, et je ne veux pas le devenir », déclare le réalisateur, dont les œuvres précédentes (Leviathan, Loveless) avaient déjà suscité les foudres du Kremlin.

Pourtant, Minotaure ne peut échapper à son contexte. « Le film parle d’un homme qui découvre que sa femme a une liaison, mais c’est aussi une métaphore de la Russie, un pays qui se ment à lui-même », analyse un critique. Zviaguintsev, qui vit désormais en France, refuse de rentrer en Russie, où ses films sont censurés. « La guerre a tout changé. On ne peut plus faire semblant de ne pas voir ».

En salles cette semaine, Minotaure côtoie d’autres œuvres engagées, comme Le Jour de son retour, du Coréen Song Sunmi, qui aborde la question des disparus politiques. Une programmation qui rappelle que le cinéma, plus que jamais, se fait le miroir des fractures du monde.


Ce qu’il faut retenir

  1. Le climat, enjeu clé de 2027 : Jean-Marc Jancovici appelle à une pédagogie massive pour sortir le débat climatique de sa bulle technique. Sans adhésion populaire, les politiques resteront lettre morte.
  2. La déforestation se déplace : Si l’Amazonie montre des signes d’amélioration, le bassin du Congo s’enfonce dans la crise. Un défi pour la France, qui importe des matières premières issues de ces zones.
  3. Le cinéma russe en exil : Andreï Zviaguintsev utilise la fiction pour contourner la censure et parler de la guerre. Son film Minotaure, sélectionné aux Oscars, interroge la responsabilité individuelle face à la violence d’État.

Dans une France tiraillée entre urgence écologique et tensions sociales, ces trois fronts rappellent une évidence : culture et environnement ne sont pas des sujets secondaires, mais des miroirs de nos contradictions.