Cisjordanie, Liban, Congo : l'impunité comme règle du jeu
En Cisjordanie, les colons tuent sans être condamnés. Au Liban, la fracture de 1975 saigne encore. Au Congo, 41 ans de pouvoir sans partage.
Revue de presse du 17 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:16
Trois théâtres différents, un seul fil conducteur : le pouvoir qui s'exerce sans rendre de comptes. En Cisjordanie, des meurtres sans condamnation. Au Liban, un cessez-le-feu qui rejoue une guerre civile vieille de cinquante ans. Au Congo-Brazzaville, un président de 82 ans qui prête serment pour un cinquième mandat devant des centaines de milliers de personnes. La géopolitique du 17 avril 2026, c'est cela : l'impunité érigée en système.
Cisjordanie : quand la justice israélienne regarde ailleurs
Le chiffre est brutal, et le Monde le pose sans détour : depuis 2020, aucun colon juif responsable de la mort d'un civil palestinien en Cisjordanie n'a été condamné à de la prison ferme par la justice israélienne. Aucun. Pas un seul. Pendant ce temps, le nombre et la gravité des crimes commis par les colons ne cessent de progresser.
Ce n'est pas une lacune du système judiciaire. C'est une orientation. L'impunité ne découle pas d'un manque de preuves — les faits sont souvent documentés, les victimes identifiées, les auteurs connus des autorités. Elle découle d'un choix politique, d'une tolérance institutionnalisée qui transforme la Cisjordanie en zone de non-droit pour une catégorie de la population.
Sabri Naasan, 27 ans, pompier, cousin de Said Naasan tué par un colon le 23 septembre 2025 dans le village d'Al-Mughayyir — son visage illustre ce que produit concrètement cette impunité. Pas une statistique : un deuil, une famille, un village. Et derrière, une justice qui ne viendra pas.
Pour la France, qui se targue d'être une puissance de droit international et qui siège au Conseil de sécurité de l'ONU, continuer à esquiver le sujet reviendrait à valider tacitement ce que cette impunité impose comme norme.
Liban : le cessez-le-feu n'a pas éteint l'incendie
Il y a cinquante et un ans, le 13 avril 1975, tout commençait à Aïn el-Remmaneh. Des partisans des Phalanges libanaises, des Palestiniens armés, des tirs — et le début d'une guerre civile qui ravagerait le pays pendant quinze ans. C'est dans ce même quartier de Beyrouth que L'Express observe aujourd'hui deux drapeaux sur un arbre : le libanais et celui des Kataëb, les Phalanges de Samy Gemayel.
Le cessez-le-feu avec le Hezbollah a suspendu les combats. Il n'a pas réconcilié le Liban avec lui-même. La fracture entre pro et anti-Hezbollah s'aggrave, rapporte L'Express, dans un pays où la mémoire des guerres anciennes reste une arme politique de premier plan. Les quartiers se re-signalisent, les appartenances communautaires se réaffirment, les alliances se recomposent.
Ce qui se joue au Liban dépasse le seul bras de fer avec le Hezbollah. C'est la question de ce qu'est le Liban — un État ou une fédération de milices en costume civil. Le cessez-le-feu a créé un espace. Que les acteurs politiques en feront reste entier. Pour Paris, traditionnellement proche de Beyrouth, c'est une fenêtre d'influence à ne pas rater — et une responsabilité à assumer.
Congo-Brazzaville : Sassou-Nguesso, le président éternel
Denis Sassou-Nguesso a 82 ans. Il cumule 41 ans au pouvoir. Il vient de prêter serment pour un cinquième mandat consécutif, avec 94,90 % des suffrages, selon les chiffres officiels rapportés par RFI. La cérémonie s'est tenue dans un stade de Kintélé, banlieue nord de Brazzaville, en présence de centaines de milliers de personnes et d'une dizaine de chefs d'État africains — dont Paul Kagamé et Félix Tshisekedi.
Quelques secondes pour prendre la mesure de ce score : 94,90 %. Dans quelque démocratie que ce soit, un tel résultat est un signal, pas un triomphe. C'est le chiffre de ceux qui ne comptent pas les voix, mais qui les fabriquent.
Sassou-Nguesso est un personnage de la politique africaine comme on en produit de moins en moins — ou comme on voudrait en produire de moins en moins. Sa longévité est en elle-même un fait géopolitique : elle dit quelque chose sur les équilibres régionaux, sur les silences des partenaires occidentaux, sur la capacité des institutions continentales à faire pression. La présence de Kagamé et Tshisekedi à Kintélé en dit long sur les priorités réelles de la diplomatie africaine.
Pour la France, dont les relations avec le Congo-Brazzaville sont historiquement chargées, ce cinquième mandat pose une question inconfortable : à quel moment le pragmatisme des relations bilatérales cède-t-il la place à une exigence minimale de légitimité démocratique ?
Ce qu'il faut retenir. La Cisjordanie, le Liban, le Congo : trois géographies distinctes, mais un même diagnostic. L'ordre mondial de 2026 est celui où les règles s'appliquent selon qui les enfreint. L'impunité n'est pas un dysfonctionnement — c'est, dans plusieurs régions du monde, le fonctionnement normal du système. La question pour les démocraties libérales n'est plus de le constater. C'est de décider quoi en faire.