Dao, érosion côtière, IA aux Oscars : quand la culture résiste à l'effacement

Entre le film "Dao" qui brise les miroirs absents, l'immobilier menacé par la montée des eaux et l'Académie des Oscars qui bannit l'IA, la culture française affronte ses angles morts.

Dao, érosion côtière, IA aux Oscars : quand la culture résiste à l'effacement
Photo de Matt Gates sur Unsplash

Quand le cinéma répare les miroirs brisés

Alain Gomis et Katy Correa, réalisateur et actrice principale de Dao, ont choisi de ne pas offrir de portrait idéalisé. Leur film, présenté à la Berlinale 2026, raconte une histoire où les personnages refusent de se laisser enfermer dans les cases que la société leur impose. "Notre génération s’est construite sans aucun miroir où se voir représentée", explique Correa. Cette absence de représentation n’est pas anodine : elle révèle une faille béante dans l’industrie culturelle française, où les récits des minorités restent souvent cantonnés à des rôles stéréotypés ou relégués aux marges.

Dao n’est pas qu’un film. C’est un manifeste. Gomis et Correa refusent de tomber dans le piège du "cinéma utile", ce sous-genre où les histoires des minorités sont réduites à des leçons de morale pour un public blanc et bourgeois. Leur approche est plus radicale : ils montrent des personnages complexes, ambivalents, qui existent en dehors des attentes politiques ou sociales. En cela, Dao rejoint une lignée de films récents – comme Saint Omer d’Alice Diop ou Les Amandiers de Valeria Bruni Tedeschi – qui interrogent la place des minorités dans le récit national sans tomber dans le misérabilisme ou l’exotisme.

Pourtant, malgré ces avancées, le cinéma français reste un bastion de l’entre-soi. Les chiffres sont têtus : en 2025, seulement 12 % des films produits en France étaient réalisés par des personnes issues de la diversité, selon le CNC. Et quand ces films existent, ils peinent à trouver leur public. Dao, malgré son passage remarqué à Berlin, sortira en salles le 7 mai dans une indifférence quasi générale. Comme si, après avoir brisé le miroir, personne ne voulait regarder les éclats.


Agon-Coutainville : l’immobilier face à la montée des eaux

À Agon-Coutainville, dans la Manche, les maisons avec vue sur mer se vendent encore à prix d’or. Mais pour combien de temps ? L’érosion côtière, accélérée par le réchauffement climatique, grignote chaque année plusieurs mètres de littoral. Les acquéreurs fortunés continuent de se bousculer, mais les prix commencent à refléter l’angoisse : certains préfèrent désormais des biens en retrait, moins exposés aux risques.

"On est au tout début de la prise de conscience", explique un agent immobilier local. Pourtant, les signes sont là. En 2025, l’État a publié une carte des zones à risque, classant une partie de la commune en "aléa fort". Les assureurs, eux, commencent à durcir leurs conditions. Certains refusent même de couvrir les nouvelles constructions en première ligne. Mais le marché, lui, reste en déni. Les promoteurs continuent de construire, les maires ferment les yeux, et les acheteurs ferment les leurs en signant des chèques à six chiffres.

Cette schizophrénie n’est pas propre à Agon-Coutainville. Partout en France, les communes littorales jouent à la roulette russe avec le climat. À Soulac-sur-Mer, en Gironde, des immeubles entiers ont dû être évacués en urgence en 2024. À Lacanau, les digues coûtent des millions et ne suffisent plus. Pourtant, rien ne change. Les plans de prévention des risques (PPR) traînent, les maires rechignent à imposer des restrictions, et l’État, lui, se contente de communiqués alarmistes.

Le problème ? Personne ne veut payer. Ni les propriétaires, ni les communes, ni l’État. La solution, elle, est connue : il faudrait reculer, abandonner certaines zones, indemniser les habitants. Mais qui osera ? En 2026, la France compte encore 1,4 million de logements en zone inondable. Et chaque année, 10 000 nouveaux permis de construire sont délivrés dans ces zones à risque.


Oscars : l’IA bannie, mais pour combien de temps ?

L’Académie des Oscars a frappé fort. Dans un communiqué publié vendredi, elle a annoncé que les performances d’acteurs et les scénarios générés par intelligence artificielle ne seraient plus éligibles aux récompenses. Une décision qui intervient après la polémique autour de Val Kilmer : un an après sa mort, une version de l’acteur générée par IA a été présentée à des exploitants de salles. Le tollé a été immédiat.

Pourtant, cette interdiction sonne comme un aveu d’impuissance. L’IA est déjà partout dans l’industrie du cinéma : des scripts aux effets spéciaux, en passant par le montage et même la musique. Les studios y voient un moyen de réduire les coûts, les réalisateurs une nouvelle palette créative, et les acteurs… une menace existentielle. "C’est une question de survie", explique un syndicaliste du SAG-AFTRA, le syndicat des acteurs américains. "Si on laisse l’IA remplacer les humains, il n’y aura plus de place pour les vrais artistes."

En Europe, la régulation est plus stricte. Depuis 2025, la directive "AI Act" impose un étiquetage clair des contenus générés par IA. Mais en France, le débat reste timide. Les professionnels du secteur, divisés, hésitent entre fascination et rejet. Certains, comme le réalisateur Olivier Assayas, y voient une "révolution comparable à l’arrivée du cinéma parlant". D’autres, comme la productrice Margaret Ménégoz, dénoncent une "déshumanisation du processus créatif".

Reste une question : cette interdiction des Oscars changera-t-elle vraiment la donne ? Rien n’est moins sûr. Les studios, eux, continuent de miser sur l’IA. Disney a déjà annoncé un film entièrement généré par intelligence artificielle pour 2027. Et à Hollywood, les contrats des acteurs incluent désormais des clauses sur l’utilisation de leur image post-mortem. Le combat est loin d’être gagné.


Ce qu’il faut retenir

  1. Le cinéma français a un problème de représentationDao est un symptôme, pas une solution. Tant que les minorités seront cantonnées à des rôles de figurants ou de "personnages utiles", le miroir restera brisé.
  2. L’immobilier littoral est en sursis – À Agon-Coutainville comme ailleurs, le déni coûte cher. Les prix baisseront, les assureurs fuiront, et un jour, il faudra bien reculer. Mais qui paiera la note ?
  3. L’IA aux Oscars, c’est déjà trop tard – L’interdiction de l’Académie est un symbole, pas une barrière. Les studios ont déjà intégré l’IA dans leur chaîne de production. La vraie question n’est pas de savoir si l’IA remplacera les humains, mais quand.
  4. La culture résiste, mais pour combien de temps ? – Entre les films qui brisent les codes, les communes qui refusent de voir la montée des eaux, et les Oscars qui tentent de sauver les meubles, une chose est sûre : le statu quo n’est plus une option. Mais la résistance a un prix. Qui est prêt à le payer ?