Culture et environnement : ce que le silence cache vraiment
Culture et environnement : du cinéma arabe censuré aux poisons dans nos assiettes, ce que les institutions préfèrent taire en avril 2026.
Revue de presse du 25 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:22
Quarante ans après Tchernobyl, une « liquidatrice » ukrainienne raconte au Monde qu'on l'avait envoyée travailler sans la prévenir de rien. Le silence, encore. À Tunis, une cinéaste filme deux femmes qui s'aiment et se heurte au même mur. À Paris, une ONG alerte sur le cadmium dans nos assiettes — personne ne bouge. Cette semaine, la culture et l'environnement parlent d'une seule voix : celle de ce qu'on refuse d'entendre.
Pourquoi le cinéma arabe interdit-il toujours l'amour entre femmes ?
Leyla Bouzid a tourné À voix basse en Tunisie. Son héroïne est lesbienne. Le film raconte, selon l'entretien accordé au Monde, l'hypocrisie d'une société où l'homosexualité reste pénalement réprimée. La réalisatrice résume crûment : dans le cinéma arabe, deux femmes qui s'aiment, ça n'existe pas.
L'aveu mérite qu'on s'y arrête. Tourner ce film, ce n'est pas une coquetterie d'autrice. C'est un acte de résistance dans un pays — et plus largement une région — où la fiction même refuse d'imaginer ces existences. Bouzid ne dénonce pas un tabou abstrait : elle filme des corps que la loi continue de criminaliser. La cinéaste fait ce que le législateur tunisien refuse de faire depuis des décennies : reconnaître que ces femmes existent.
Le paradoxe est cruel. La France célèbre régulièrement ces cinéastes francophones du Maghreb à la Berlinale ou à Cannes, applaudit leur courage, repart. Et pendant ce temps, la coopération culturelle européenne avec ces régimes continue, sans la moindre conditionnalité sur les droits LGBT+. On adore les films qui dérangent — ailleurs.
Hagai Levi, l'exil intérieur d'un cinéaste israélien
Autre voix, autre rupture. Le scénariste israélien Hagai Levi, créateur de BeTipul (En thérapie), publie une série consacrée à Etty Hillesum, jeune intellectuelle juive d'Amsterdam morte à Auschwitz. Et confie au Monde envisager de quitter Israël pour s'installer en Italie, terre de ses ancêtres. Motif : sa rupture avec la politique de son pays depuis le 7-Octobre.
Le geste, là encore, est lourd. Levi n'est pas un militant marginal : c'est l'un des scénaristes israéliens les plus reconnus internationalement. Son exil annoncé dit quelque chose de la fracture morale qui traverse une partie de l'intelligentsia israélienne. Il choisit de raconter la Shoah au moment précis où il décide de partir. Coïncidence narrative, ou réponse politique adressée à son propre pays ? L'ambiguïté est tout sauf innocente.
Cadmium dans nos assiettes : combien de scandales avant qu'on agisse ?
Pendant que la culture interroge nos silences, l'environnement nous rappelle ses propres impasses. Dans une tribune au Monde, Karine Jacquemart, directrice générale de Foodwatch France, dénonce le scandale du cadmium comme « l'arbre qui cache la forêt » de notre surexposition aux contaminants chimiques. Elle pointe une responsabilité politique : l'inaction, longue, face aux industries agroalimentaires.
Le mot est rare et il faut le souligner : inaction. Pas un retard technique, pas un manque de connaissance scientifique. Une décision politique de ne rien faire. Le cadmium est dans les céréales, les légumes-racines, le chocolat. On le sait. Bruxelles le sait. Paris le sait. Et pourtant, les seuils réglementaires européens restent supérieurs à ceux que recommandent les agences sanitaires. Foodwatch fait son travail : nommer ceux qui ne font pas le leur.
Tchernobyl, quarante ans après : la vérité qu'on a refusée aux liquidateurs
Le 26 avril 1986. Halyna Kharchenko, jeune travailleuse soviétique, se rend à son poste à la centrale nucléaire de Tchernobyl. Personne ne lui a dit ce qui s'était passé la nuit précédente. Elle s'installe, dévouée. Le lendemain, hôpital d'urgence, soignants en combinaison intégrale. Son témoignage, recueilli par Le Monde, ressort quarante ans après les faits.
Le récit sonne juste parce qu'il dit l'essentiel : l'État soviétique a sciemment exposé ses propres citoyens en taisant l'information. Quarante ans plus tard, la centrale est à nouveau au cœur d'une zone de guerre. Des militaires ukrainiens occupent l'unité 4. Le passé radioactif n'est jamais passé. Et la leçon de Tchernobyl — celle de la transparence comme premier devoir des États face à un risque sanitaire majeur — reste, partout, mal apprise.
Ce qu'il faut retenir
Quatre histoires, un même fil rouge : ce que le pouvoir cache, ce qu'il interdit de filmer, ce qu'il laisse dans nos assiettes, ce qu'il a refusé de dire à ses propres travailleurs. La culture et l'environnement ne sont pas des sujets périphériques — ce sont des révélateurs. Quand un cinéaste s'exile, quand une ONG hurle dans le vide, quand une vieille dame ukrainienne raconte enfin ce qu'on lui a tu, c'est toujours la même question qui revient : qui décide de notre droit à savoir ?