Économie : la Chine s'invite dans nos usines, Macron s'endette
Économie : Dongfeng, Chery, Leapmotor lorgnent les sites européens. Pendant ce temps, Macron veut étaler la dette Covid. Deux symptômes d'un même décrochage.
La Chine ne nous concurrence plus, elle s'installe chez nous
Il y a deux ans, Bruxelles brandissait des droits de douane contre les voitures électriques chinoises. Aujourd'hui, les constructeurs chinois ont trouvé la parade : ils ne vendent plus depuis Shanghai, ils produisent depuis Rennes. La défense européenne s'est transformée en porte d'entrée.
Selon Le Monde, plusieurs partenariats sont à l'étude pour que des industriels venus de Chine s'installent directement sur les sites de constructeurs européens existants. Dongfeng et Leapmotor en discussion avec Stellantis, Chery courtise Nissan. L'usine Citroën de Rennes-La Janais, à Chartres-de-Bretagne, fait partie des cibles. Le mécanisme est limpide : une fois assemblées sur le sol européen, les voitures échappent aux surtaxes anti-dumping votées en 2024.
C'est une victoire stratégique pour Pékin. Le scénario japonais des années 1980 — Toyota implantant des usines au Royaume-Uni pour contourner les quotas — se rejoue, mais à vitesse accélérée et sur un terrain où l'Europe a déjà perdu la course technologique. Les constructeurs chinois ne viennent pas chercher de la main-d'œuvre, ils viennent chercher un passeport douanier. Et accessoirement, des chaînes de production que les groupes européens ne savent plus rentabiliser seuls.
Côté français, la communication officielle parlera de « sauvetage industriel ». La réalité est plus rugueuse : on troque la souveraineté pour des emplois. Reste à savoir combien, à quelles conditions, et qui détient les brevets de ce qui sortira demain de Rennes.
Macron veut étaler la dette Covid : aveu ou manœuvre ?
Pendant qu'il déambulait à Athènes ce 25 avril, Emmanuel Macron a lâché une phrase qui mérite qu'on s'y arrête. « On s'est endetté au moment du Covid. Aujourd'hui, on nous dit "il faut vite le rembourser". C'est idiot. Étalons cette dette. Refaisons des ré-émissions parce que les gens veulent ce papier pour pas cher », a-t-il déclaré, selon Le Figaro.
La sortie est triple. D'abord, un aveu : la France n'a pas les moyens de tenir le calendrier de remboursement initial. Ensuite, une demande politique : étaler signifie renégocier les règles européennes que Paris a pourtant cosignées. Enfin, un appel : le président plaide pour de nouveaux emprunts communs européens, dans la lignée du plan NextGenerationEU.
Le timing n'est pas anodin. La visite à Athènes — où le président était accompagné, selon Le Monde, d'une délégation d'entrepreneurs français intéressés par un pays « en pleine croissance » — sert de décor. La Grèce, hier symbole de l'austérité imposée par Bruxelles, devient le terrain où l'on plaide pour plus de souplesse budgétaire. La symétrie est trop parfaite pour être innocente.
Reste la question que personne ne pose à voix haute : si « les gens veulent ce papier pour pas cher », pourquoi les taux français se tendent-ils ? Pourquoi les agences de notation surveillent-elles Paris ? Le marché ne partage manifestement pas l'enthousiasme présidentiel. Étaler une dette, c'est repousser le problème. Pas le résoudre.
Microsoft enterre 300 millions d'ordinateurs, et personne n'arbitre
L'image est forte : selon Libération, des associations ont symboliquement « enterré 300 millions d'ordinateurs » devant le siège de Microsoft France. Le motif : la fin annoncée des mises à jour gratuites de Windows 10, qui rendra obsolètes des dizaines de millions d'appareils incapables de migrer vers Windows 11 — souvent pour des raisons de spécifications matérielles arbitraires.
Le scandale économique est double. Pour les ménages, c'est une dépense forcée : remplacer un ordinateur fonctionnel parce qu'un éditeur logiciel cesse d'en assurer la sécurité. Pour la planète, c'est un désastre : ces machines partiront en filière déchet ou, pire, dans des décharges sauvages d'Afrique de l'Ouest et d'Asie du Sud-Est.
L'État français a inscrit l'obsolescence programmée dans le code de la consommation depuis 2015. Sept ans après, aucun éditeur logiciel n'a jamais été condamné sur ce fondement. Le verrou n'est pas matériel — Microsoft pourrait techniquement maintenir Windows 10 — il est commercial. Et la régulation, pour l'instant, regarde ailleurs.
Ce qu'il faut retenir
L'économie française joue trois partitions contradictoires en même temps. Elle laisse entrer la production chinoise dans ses usines au nom de l'emploi, demande à Bruxelles d'étaler une dette qu'elle a elle-même creusée, et laisse un éditeur étranger forcer ses citoyens à racheter du matériel encore fonctionnel. Trois dossiers, une même mécanique : on subit, on négocie, on encaisse. La souveraineté économique, elle, attend toujours son tour.