Géopolitique : torture en Chine, extrême droite en Amérique latine et IA aux États-Unis

En Chine, la torture persiste dans les prisons selon une ONG, tandis que l'Amérique latine bascule à l'extrême droite. Aux États-Unis, Sanders et Bannon s'accordent sur les dangers de l'IA, révélant des convergences inattendues.

Géopolitique : torture en Chine, extrême droite en Amérique latine et IA aux États-Unis
Photo de Markus Winkler sur Unsplash

La géopolitique de ce 16 septembre 2026 est marquée par des dynamiques contradictoires : la persistance de violations des droits humains en Chine, une droitisation accélérée de l’Amérique latine, et une rare convergence politique aux États-Unis sur les risques de l’intelligence artificielle. Ces sujets, bien que distincts, dessinent les contours d’un monde où les régimes autoritaires se durcissent, où les démocraties vacillent, et où les technologies émergentes redéfinissent les clivages traditionnels.


Chine : la torture, une pratique systémique selon une ONG

L’organisation Chinese Human Rights Defenders (CHRD) a publié un rapport accablant sur les conditions de détention en Chine, révélant que la torture y reste une pratique courante, notamment à l’encontre des prisonniers de conscience. Selon le document, les méthodes incluent des passages à tabac, des privations de sommeil, des positions de stress prolongées, et des simulacres d’exécution. Les victimes ciblées sont souvent des militants des droits humains, des avocats, des journalistes indépendants, ou des membres de minorités ethniques et religieuses, comme les Ouïghours ou les Tibétains.

Le rapport s’appuie sur des témoignages de détenus libérés, des familles de victimes, et des documents internes fuités. Il souligne que ces pratiques, loin d’être isolées, s’inscrivent dans un système judiciaire où les aveux extorqués sous la contrainte sont monnaie courante. Les autorités chinoises n’ont pas réagi officiellement à ces accusations, mais Pékin a historiquement rejeté les critiques internationales sur son bilan en matière de droits humains, les qualifiant d’ingérences dans ses affaires intérieures.

Ce rapport intervient dans un contexte de tensions croissantes entre la Chine et les pays occidentaux, notamment sur les questions de sécurité et de technologie. La France, qui cherche à maintenir un équilibre entre coopération économique et défense des droits humains, pourrait être amenée à clarifier sa position dans les prochains mois, alors que l’Union européenne prépare un nouveau cadre pour ses relations avec Pékin.


Amérique latine : l’extrême droite en passe de dominer le continent

L’Amérique latine connaît une recomposition politique sans précédent, avec une montée en puissance de l’extrême droite dans plusieurs pays, du Honduras au Chili. Selon un podcast du Monde avec la journaliste Angeline Montoya, cette tendance s’explique par un mélange de désillusion envers les gouvernements de gauche, de crises économiques persistantes, et d’une influence croissante des États-Unis sous l’administration Trump, qui n’hésite pas à user de pressions pour imposer ses priorités.

Au Brésil, en Argentine, et au Salvador, des dirigeants populistes de droite ont pris le pouvoir en promettant un retour à l’ordre, une lutte accrue contre la criminalité, et un alignement sur les positions américaines en matière de commerce et de sécurité. Ces régimes se caractérisent par un discours anti-immigration, une remise en cause des droits des minorités, et une hostilité envers les mouvements sociaux et écologistes. Aux Philippines, un projet minier contesté par une communauté locale illustre cette dérive : malgré cinq mois de résistance, le gouvernement a maintenu son soutien à l’exploitation, au mépris des droits des populations autochtones.

Cette droitisation s’accompagne d’une répression accrue contre les défenseurs de l’environnement et les militants des droits humains. Le rapport annuel de Global Witness, publié ce 16 septembre, révèle qu’au moins 124 d’entre eux ont été tués en 2025, principalement en Amérique latine. Au Pérou, la communauté Kakataibo a dû organiser sa propre garde pour protéger ses terres contre les trafics illégaux, tandis qu’au Honduras, les assassinats de journalistes et d’écologistes restent impunis.

Pour la France, cette évolution pose un dilemme : comment concilier ses valeurs démocratiques avec la nécessité de maintenir des relations économiques et diplomatiques avec des régimes de plus en plus autoritaires ? La question se pose avec acuité alors que l’Union européenne négocie des accords commerciaux avec plusieurs de ces pays.


États-Unis : Sanders et Bannon, une alliance improbable contre l’IA

À Washington, une conférence organisée par le Future of Life Institute a révélé une convergence inattendue entre deux figures politiques aux antipodes : Bernie Sanders, sénateur indépendant de gauche, et Steve Bannon, ancien stratège de Donald Trump et figure de l’alt-right. Tous deux ont exprimé leur inquiétude face aux risques incontrôlés de l’intelligence artificielle, appelant à un encadrement strict de son développement.

Sanders a mis en garde contre la concentration du pouvoir technologique entre les mains de quelques entreprises, soulignant que l’IA pourrait aggraver les inégalités sociales et économiques. Bannon, de son côté, a insisté sur les dangers géopolitiques, évoquant la possibilité que la Chine ou d’autres régimes autoritaires utilisent ces technologies pour renforcer leur surveillance de masse. « L’IA n’est pas une question de gauche ou de droite, c’est une question de survie », a-t-il déclaré, une formule qui a surpris les observateurs.

Cette alliance de circonstance reflète une prise de conscience croissante aux États-Unis : malgré leurs divergences, une partie de la classe politique reconnaît que l’absence de régulation pourrait avoir des conséquences désastreuses. Cependant, les deux hommes restent divisés sur les solutions. Sanders plaide pour une intervention forte de l’État, avec des lois antitrust et des investissements publics dans la recherche, tandis que Bannon prône une approche plus libertarienne, axée sur la concurrence entre entreprises et la limitation des régulations jugées « étouffantes ».

Cette convergence intervient alors que l’Union européenne a déjà adopté des règles strictes sur l’IA, et que la France tente de se positionner comme un leader en la matière. Pour Paris, cette division américaine pourrait être une opportunité pour promouvoir son propre modèle, à mi-chemin entre innovation et protection des droits fondamentaux.


Ce qu’il faut retenir

  1. La Chine reste un régime répressif, où la torture est une pratique systémique, notamment contre les prisonniers politiques. Ce rapport pourrait compliquer les relations entre Pékin et les pays occidentaux, alors que l’UE cherche à redéfinir sa stratégie envers la Chine.
  2. L’Amérique latine bascule à droite, avec des régimes de plus en plus autoritaires et une répression accrue contre les défenseurs de l’environnement et les militants des droits humains. Cette évolution pose un défi pour la France, qui doit concilier ses valeurs avec ses intérêts économiques.
  3. Aux États-Unis, l’IA devient un sujet transpartisan, avec une rare convergence entre Bernie Sanders et Steve Bannon. Cette alliance improbable pourrait accélérer le débat sur la régulation, alors que l’Europe a déjà pris de l’avance sur le sujet.

Ces trois dynamiques illustrent un monde en mutation, où les équilibres géopolitiques traditionnels sont remis en cause par l’émergence de nouvelles technologies, la montée des autoritarismes, et l’érosion des démocraties. Pour la France, ces enjeux appellent à une diplomatie à la fois ferme et pragmatique, capable de défendre ses valeurs sans s’isoler sur la scène internationale.