Géopolitique : Chine, Israël et Arabie saoudite redessinent les alliances
Crise immobilière chinoise, divisions en Israël et contrat militaire saoudien : trois dynamiques qui testent les équilibres géopolitiques et la stratégie française.
La Chine face à l’effondrement d’Evergrande : un modèle économique à l’épreuve
À Huailai, à 130 kilomètres de Pékin, la cité fantôme d’Evergrande incarne l’ampleur de la crise immobilière chinoise. Conçue pour accueillir des dizaines de milliers d’habitants, cette ancienne vitrine du promoteur déchu n’est plus qu’un chantier abandonné, où des immeubles inachevés servent désormais de refuge à des retraités et des divorcés en quête de logements bon marché. Selon Le Monde, ce site symbolise les limites d’un modèle de croissance fondé sur l’endettement et la spéculation foncière.
La faillite d’Evergrande, l’un des géants de l’immobilier chinois, a révélé les fragilités structurelles d’une économie dépendante de la construction. Avec des dettes estimées à plus de 300 milliards de dollars, le groupe a laissé derrière lui des milliers de projets inachevés, plongeant des millions de ménages dans l’incertitude. Pour Pékin, la crise pose un dilemme : sauver un secteur clé de l’économie au risque d’alimenter une bulle spéculative, ou laisser les promoteurs s’effondrer, au prix d’un ralentissement brutal de la croissance.
Cette situation interroge aussi la capacité de la Chine à maintenir son influence géopolitique. Alors que le pays cherche à s’imposer comme une alternative aux États-Unis, la crise immobilière pourrait affaiblir sa crédibilité économique, notamment auprès des pays émergents. Pour la France, qui entretient des relations commerciales et diplomatiques complexes avec Pékin, cette instabilité ajoute une variable supplémentaire dans un équilibre déjà précaire.
Israël : l’opposition à Nétanyahou divisée à l’approche des législatives
Quarante jours avant les élections législatives du 27 octobre, l’opposition israélienne peine à s’unir face à Benyamin Nétanyahou. Yaïr Golan, leader des Démocrates (gauche), domine les sondages au sein de l’opposition, mais ses alliés lui reprochent des manœuvres visant à l’écarter de la course au poste de Premier ministre. Selon Le Monde, ces divisions illustrent les fractures d’une gauche israélienne en quête de leadership, alors que le pays reste marqué par les tensions politiques et sociales.
Nétanyahou, au pouvoir depuis près de quinze ans, mise sur ces dissensions pour conserver sa majorité. Son gouvernement, soutenu par une coalition de droite et d’extrême droite, a récemment durci sa position sur les questions sécuritaires, notamment en Cisjordanie, où les violences entre colons et Palestiniens se multiplient. Pour l’opposition, la priorité est de proposer une alternative crédible, mais les divergences sur la gestion du conflit israélo-palestinien et les relations avec les États-Unis compliquent la tâche.
Cette situation pourrait avoir des répercussions au-delà des frontières israéliennes. La France, qui entretient des relations étroites avec Tel-Aviv, suit de près l’évolution politique du pays. Une victoire de Nétanyahou renforcerait probablement sa ligne dure, tandis qu’une alternance pourrait ouvrir la voie à un dialogue renouvelé avec les Palestiniens. Dans les deux cas, l’incertitude politique israélienne ajoute une source d’instabilité dans une région déjà sous tension.
États-Unis-Arabie saoudite : un contrat militaire qui interroge
Washington s’apprête à vendre 48 avions furtifs F-35 à l’Arabie saoudite pour un montant de 24,3 milliards de dollars. Ce contrat, qui doit encore être approuvé par le Congrès, suscite des inquiétudes parmi les observateurs. Selon AFP, certains craignent que la Chine, avec laquelle Riyad entretient des partenariats croissants, ne parvienne à acquérir cette technologie sensible.
Cette vente s’inscrit dans une stratégie américaine visant à renforcer les alliances au Moyen-Orient face à l’influence grandissante de Téhéran et de Pékin. Pour l’Arabie saoudite, l’acquisition de ces avions de chasse représente une modernisation majeure de son arsenal militaire, dans un contexte de tensions régionales persistantes. Cependant, ce rapprochement interroge sur l’équilibre des forces dans la région, notamment en ce qui concerne les relations entre Riyad et ses voisins.
Pour la France, ce contrat est un signal fort. Paris, qui cherche à renforcer sa présence au Moyen-Orient, pourrait voir dans cette dynamique une opportunité pour promouvoir ses propres intérêts économiques et stratégiques. Cependant, l’accord américain-saoudien rappelle aussi les limites de l’influence française dans une région où les États-Unis restent un acteur incontournable.
Ce qu’il faut retenir
Trois dynamiques géopolitiques majeures se dessinent en cette rentrée 2026. D’abord, la crise immobilière chinoise, symbolisée par l’effondrement d’Evergrande, met à l’épreuve un modèle économique fondé sur l’endettement et la spéculation. Ensuite, les divisions de l’opposition israélienne à l’approche des législatives du 27 octobre pourraient prolonger l’ère Nétanyahou, avec des conséquences sur la stabilité régionale. Enfin, le contrat militaire entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, bien que stratégique pour Washington, soulève des questions sur la prolifération technologique et l’équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient.
Pour la France, ces évolutions représentent autant de défis. Entre la nécessité de préserver ses relations commerciales avec la Chine, de maintenir un dialogue équilibré avec Israël et de défendre ses intérêts au Moyen-Orient, Paris doit naviguer dans un environnement géopolitique de plus en plus complexe. Dans ce contexte, la diplomatie française sera mise à l’épreuve pour concilier réalisme économique et principes démocratiques.