Carburants au Maroc : les distributeurs dans le viseur

Le Conseil de la concurrence révèle une asymétrie choquante dans la répercussion des prix du carburant. Pendant ce temps, les marchés mondiaux restent fébriles.

Carburants au Maroc : les distributeurs dans le viseur
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Revue de presse du 15 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:17

Les distributeurs de carburant marocains ont un talent particulier : répercuter les hausses des cours internationaux sur les automobilistes quand ça les arrange, et freiner quand ça ne les arrange pas. Le Conseil de la concurrence vient de le mettre noir sur blanc.

Les distributeurs pris en flagrant délit d'asymétrie

L'institution a publié son analyse des prix du gasoil et de l'essence entre le 16 mars et le 1er avril 2026 — une période marquée par une forte volatilité pétrolière mondiale. Le constat est édifiant.

Pour le gasoil, la cotation internationale a grimpé de 2,18 dirhams par litre sur la quinzaine étudiée. À la pompe, les automobilistes n'en ont absorbé que 1,72 dirham. Une bonne nouvelle pour le portefeuille, mais qui pose une question simple : où est passée la différence ? Dans quelle poche atterrit ce différentiel de 0,46 dirham par litre, multiplié par les millions de litres vendus quotidiennement au Maroc ?

La réponse se trouve dans l'essence. Sur ce carburant, la répercussion a été inversée — et cette fois, plus que proportionnelle à la hausse internationale. Les distributeurs ont appliqué une augmentation supérieure à ce que justifiait la cotation mondiale. En clair : ils ont compensé leur "générosité" sur le gasoil par une ponction accrue sur l'essence.

C'est ce qu'on appelle, en langage technique, une répercussion asymétrique. En langage courant : jouer sur les deux tableaux. Le Conseil de la concurrence, dont c'est précisément le rôle de surveiller ces pratiques depuis la libéralisation des prix, fait bien de le pointer. Reste à savoir si ce signal se traduira par autre chose qu'un rapport. L'institution dispose de pouvoirs de recommandation — mais les injonctions contraignantes sont une autre histoire.

Pour les Marocains qui subissent de plein fouet le coût de l'énergie — et qui n'ont pas oublié que la libéralisation des prix à la pompe, promise comme une mesure de protection du consommateur, a surtout profité aux marges des distributeurs — ce type de révélation a un goût amer. Cela fait des années que les associations de consommateurs alertent sur le manque de transparence du secteur. Le Conseil confirme ce que beaucoup suspectaient.

Les marchés mondiaux : une volatilité qui touche aussi Casablanca

À l'international, les bourses mondiales naviguent à vue. Le CAC 40 parisien a progressé de 0,59 % mardi, mais dans un mouvement hésitant, tiraillé entre des signaux géopolitiques contradictoires. LVMH a chuté de 2,28 % à 470,75 euros — un symbole. Le géant du luxe, dont le Moyen-Orient représente un marché stratégique, paie le prix des incertitudes régionales.

Cette volatilité n'est pas qu'une anecdote européenne. Pour l'économie marocaine, dont les exportations et les investissements étrangers restent fortement corrélés aux cycles européens, un CAC 40 sous tension est un signal d'alerte. D'autant que les banques centrales maintiennent une posture attentiste face à une inflation qui refuse de pleinement décrocher, comprimant les marges de manœuvre des entreprises exportatrices.

L'atonie des résultats trimestriels dans le luxe et dans plusieurs secteurs cotés européens rappelle que la reprise post-Covid n'a pas effacé les fragilités structurelles. Pour Casablanca, dont la bourse reste exposée aux flux de capitaux étrangers, la prudence s'impose.

L'aviation civile, un secteur qui ne connaît pas la crise

Pendant que les marchés hésitent, Marrakech accueille la 5e édition du ICAO Global Implementation Support Symposium. Le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, y a signé mardi deux conventions avec l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), portant sur la formation des inspecteurs de l'aviation civile et le renforcement de l'innovation dans le secteur.

Ces accords ne font pas la une des journaux économiques. Ils méritent pourtant attention. Le Maroc positionne systématiquement son hub aérien comme un centre de formation et d'expertise pour l'Afrique — une stratégie de soft power économique que peu de pays du continent peuvent se permettre. Former les inspecteurs des États membres de l'OACI depuis Marrakech, c'est aussi dire au reste du monde que le Maroc n'est plus seulement un marché, mais un prestataire de compétences.

Dans la même logique, Rabat lance les 15 et 16 avril une opération de promotion MICE (Meetings, Incentives, Conferences, Exhibitions) auprès des acteurs du tourisme d'affaires marocain. Le Conseil régional du tourisme de Rabat-Salé-Kénitra cherche à faire de la capitale une destination de référence pour les professionnels de l'événementiel — un segment à haute valeur ajoutée que les grandes capitales africaines se disputent.

Ce qu'il faut retenir

Trois signaux économiques à garder en tête ce mercredi. D'abord, les distributeurs de carburant pratiquent une asymétrie documentée par le régulateur — les automobilistes marocains méritent des réponses, pas des rapports. Ensuite, la turbulence des marchés mondiaux n'est pas sans effet sur une économie marocaine dont l'intégration aux flux européens est plus profonde qu'on ne le dit. Enfin, dans les secteurs de l'aviation et du tourisme d'affaires, le Maroc joue une partition à plus long terme — celle d'un pays qui construit son attractivité infrastructurelle brick by brick, conférence après conférence. La question est de savoir si les gains structurels de cette stratégie compenseront les pressions conjoncturelles qui pèsent déjà sur le quotidien des ménages.