CAN historique, diplomatie tous azimuts : le Maroc au centre du jeu
Revue de presse du 9 avril 2026
Dernière mise à jour : 11:11
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Patrice Motsepe ne fait pas dans la demi-mesure. Le président de la CAF, arrivé jeudi à Rabat, a déclaré que la CAN Maroc 2025 est « la plus réussie de l'histoire » de la compétition. Organisation, audience, rayonnement — tout y est, selon lui. Le Maroc engrange un succès continental majeur à un an du Mondial 2030. Mais derrière les lauriers, une phrase retient l'attention : Motsepe a reconnu que « des décisions prises n'ont pas été de l'avis de tout le monde ». Allusion à peine voilée au contentieux autour de la finale, alors que Dakar a déposé un recours devant le Tribunal arbitral du sport. Le patron du football africain marche sur une ligne de crête — féliciter le Maroc sans froisser le Sénégal. La visite à Rabat, avant même que le TAS ne se prononce, dit néanmoins où penche la balance.
Rabat, standard diplomatique régional
Pendant que Motsepe atterrissait à Salé, une information d'une autre nature filtrait. Le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, a multiplié les appels téléphoniques avec ses homologues de la région — Maroc, Arabie saoudite, Égypte, Turquie — sur fond de négociations entre Washington et Téhéran pour un accord sur le nucléaire iranien.
Que le Pakistan appelle le Maroc sur ce dossier n'est pas anodin. Islamabad considère Rabat comme un interlocuteur capable d'influencer Washington, un canal fiable dans un dossier où chaque information compte. Le Maroc, lié aux États-Unis par des accords de défense renforcés et à Israël par les accords d'Abraham, occupe une position de carrefour que peu de capitales africaines peuvent revendiquer.
Cette séquence prolonge celle de la veille. Mercredi, l'actualité marocaine était dominée par les conséquences de la trêve irano-américaine sur les marchés pétroliers et, par ricochet, sur la facture énergétique du Royaume. Aujourd'hui, c'est le volet diplomatique qui prend le relais. Le Maroc n'est plus seulement affecté par les soubresauts du détroit d'Ormuz — il est consulté par ceux qui tentent de les anticiper.
La viande rouge, thermomètre social
Le sujet est moins spectaculaire, mais il touche chaque foyer. Le kilogramme de viande ovine dépasse désormais 130 dirhams sur les marchés de gros de Casablanca, et la tendance ne fléchit pas. Le bœuf, entre 80 et 97 dirhams le kilo, suit une courbe plus modérée mais orientée dans la même direction.
Le Parlement s'est emparé du dossier. La question posée est frontale : les subventions publiques au secteur de l'élevage produisent-elles des résultats ? Des milliards de dirhams ont été injectés ces dernières années pour soutenir la filière — importations de bétail, subventions à l'aliment du bétail, programmes de sauvegarde du cheptel après les sécheresses successives. Les prix, eux, continuent de grimper.
Le débat dépasse la conjoncture. Il interroge un modèle structurel : un élevage extensif fragilisé par le stress hydrique, des circuits de distribution opaques, une demande qui ne faiblit jamais dans un pays où la viande reste culturellement centrale. Pour les ménages à revenus modestes, le poste alimentation absorbe déjà une part disproportionnée du budget. Chaque dirham supplémentaire sur l'étal du boucher se ressent immédiatement.
Tindouf : le témoignage qui dérange
Un ancien combattant du Polisario, Amrabih Ahmed Mahmoud, a publié sur Facebook une série de témoignages détaillés sur les conditions de vie dans les camps de Tindouf et sur ce qu'il décrit comme le « rôle suspect » de l'Algérie dans le conflit du Sahara. Formé militairement dans des écoles algériennes alors qu'il était encore mineur, il affirme avoir progressivement pris conscience de l'instrumentalisation des populations sahraouies.
Ce type de témoignage n'est pas nouveau. Mais sa diffusion sur les réseaux sociaux, à un moment où le dossier saharien connaît des développements diplomatiques significatifs — entre la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine et les pressions croissantes sur Alger — lui donne une résonance particulière. Le Polisario perd régulièrement des cadres et des combattants qui rallient le Maroc. Chaque défection fragilise un peu plus le récit d'une « résistance populaire » que la direction du Front peine à maintenir crédible.
Signaux faibles, tendances fortes
Deux informations complémentaires dessinent les contours d'une journée dense. La Bourse de Casablanca a ouvert en hausse jeudi matin, le MASI progressant de 0,13 % à 18.126 points. Un signal modeste mais positif, porté notamment par LafargeHolcim Maroc et Sodep-Marsa Maroc — deux valeurs liées aux infrastructures, ce qui n'est jamais un hasard dans un pays en plein cycle de grands chantiers.
Sur le plan sécuritaire, la saisie de 181 kilogrammes de résine de cannabis au port de Tanger Med confirme l'intensification des contrôles aux frontières. La drogue était dissimulée dans des cavités aménagées dans la structure métallique d'une remorque de transport international. Le chauffeur, un Marocain de 35 ans, a été placé en garde à vue. L'enquête cherche à remonter les filières, au Maroc comme à l'étranger.
Ce qu'il faut retenir
La journée du 9 avril illustre les trois dimensions du moment marocain. Sur la scène internationale, le Royaume est courtisé — par la CAF qui vient saluer sa CAN, par le Pakistan qui le consulte sur l'Iran. Sur le front intérieur, la pression sociale sur les prix alimentaires rappelle que la croissance macroéconomique ne se traduit pas automatiquement en pouvoir d'achat. Et sur le Sahara, la guerre des récits continue, défection après défection.
Le Maroc de 2026 joue simultanément sur plusieurs tableaux. La difficulté — et c'est là que réside le vrai test politique — est de maintenir la cohérence entre l'ambition diplomatique et la réalité quotidienne des marchés de Derb Sultan.