CAN de futsal 2026 : le Maroc entre ambition continentale et défis logistiques

Le Maroc accueille la CAN de futsal 2026 avec l'objectif d'un quatrième titre continental. Entre performances sportives et enjeux d'organisation, l'événement teste la maturité du futsal africain.

CAN de futsal 2026 : le Maroc entre ambition continentale et défis logistiques
Photo de Alfonso Scarpa sur Unsplash

Le Maroc s’apprête à vivre, à partir de ce mercredi 14 octobre, l’un des temps forts de son calendrier sportif : la Coupe d’Afrique des Nations de futsal, organisée sur son sol jusqu’au 25 octobre. Pour la sélection nationale, dirigée par Hicham Dguig, l’enjeu est double. D’un côté, confirmer son statut de puissance continentale en visant un quatrième titre africain, après ceux de 2016, 2020 et 2024. De l’autre, démontrer que le pays peut accueillir un événement sportif d’envergure dans des conditions optimales, alors que les regards se tournent déjà vers des compétitions plus médiatisées, comme la Coupe du Monde de football 2030, co-organisée avec l’Espagne et le Portugal.

Un favori à l’épreuve du terrain

Le Maroc aborde cette CAN avec un statut de favori, mais aussi avec une pression accrue. Les Lions de l’Atlas, comme on les surnomme dans le milieu du futsal, ont dominé le continent ces dernières années, s’imposant comme la référence africaine sur la scène internationale. Leur parcours lors des dernières éditions de la Coupe du Monde de futsal (quart de finale en 2021, huitième de finale en 2024) a confirmé cette suprématie, même si le niveau européen et sud-américain reste hors de portée pour l’instant.

Pour cette édition 2026, la compétition s’annonce serrée. L’Angola, vice-championne d’Afrique en titre, a ouvert le bal du groupe B en s’imposant largement face au Mozambique (5-1), lundi soir à Rabat. Les Angolais, emmenés par des joueurs comme Aderito Santos et Anderson Fortes, ont montré une redoutable efficacité offensive, inscrivant trois buts en première mi-temps. Ce résultat place d’ores et déjà l’Angola en position de force pour la qualification, aux côtés de l’Égypte, qui a écrasé la Tanzanie (8-0) plus tôt dans la soirée. Pour le Maroc, qui évolue dans le groupe A aux côtés de la Libye, de la Zambie et de la Guinée, l’objectif sera de ne pas subir de faux pas en phase de poules, afin d’éviter un parcours trop compliqué en phase finale.

La sélection marocaine, qui n’a pas encore disputé son premier match, devra composer avec l’absence de certains cadres, comme le capitaine Soufiane El Mesrar, blessé lors d’un match de préparation. Son retour est incertain, et son absence pourrait peser sur la cohésion d’une équipe habituée à compter sur son leadership. Par ailleurs, les Lions de l’Atlas devront gérer la pression d’un public exigeant, qui attend une performance à la hauteur de leur statut. Les matchs à domicile, souvent perçus comme un avantage, peuvent aussi se transformer en piège si l’équipe ne parvient pas à canaliser cette ferveur.

Une organisation sous le feu des projecteurs

Au-delà des performances sportives, cette CAN de futsal est aussi un test grandeur nature pour les infrastructures et l’organisation sportive marocaine. Le pays, qui a déjà accueilli des compétitions majeures comme la Coupe d’Afrique des Nations de football en 2018 ou les Jeux Africains en 2019, mise sur cette édition pour renforcer son image de destination sportive de premier plan. Pourtant, plusieurs défis logistiques et sécuritaires se posent.

D’abord, la question des infrastructures. Si les grandes salles comme le Complexe Mohammed V de Casablanca ou la Salle Moulay Abdallah de Rabat sont régulièrement utilisées pour des événements sportifs, d’autres sites, comme la Salle Ibn Yassine de Salé, où se dérouleront certains matchs, sont moins habitués à accueillir des compétitions internationales. Les organisateurs ont dû procéder à des aménagements de dernière minute pour répondre aux normes de la Confédération Africaine de Football (CAF), notamment en matière d’éclairage, de sécurité et d’accueil des médias. Selon des sources proches de l’organisation, certains travaux ont pris du retard, ce qui a nécessité des ajustements de dernière minute.

Ensuite, la gestion des flux de spectateurs et des délégations étrangères représente un enjeu majeur. Avec des équipes venues de tout le continent, ainsi que des officiels de la CAF et des observateurs internationaux, les autorités marocaines doivent assurer une logistique sans faille. Les contrôles de sécurité, les transports entre les hôtels et les salles de compétition, ainsi que l’accueil des supporters, sont autant de défis à relever. Lors des Jeux Africains de 2019, plusieurs délégations avaient pointé du doigt des retards dans les transferts et des conditions d’hébergement jugées précaires. Cette fois, les organisateurs promettent une amélioration, mais les premiers retours des équipes présentes à Rabat restent mitigés.

Enfin, la dimension médiatique de l’événement est un autre point d’attention. Si le futsal reste un sport moins médiatisé que le football, cette CAN bénéficie d’une couverture inédite, avec des diffuseurs comme beIN Sports et la télévision marocaine qui retransmettent plusieurs matchs en direct. Pourtant, certains journalistes étrangers ont déjà exprimé des difficultés pour obtenir des accréditations ou accéder aux zones mixtes, où les joueurs et entraîneurs sont interviewés après les matchs. Ces dysfonctionnements, s’ils persistent, pourraient ternir l’image d’un événement qui se veut exemplaire.

Un enjeu au-delà du sport

Pour le Maroc, cette CAN de futsal n’est pas seulement une compétition sportive. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de diplomatie sportive, qui vise à positionner le pays comme un acteur incontournable sur la scène internationale. Le futsal, discipline en plein essor en Afrique, offre une vitrine idéale pour promouvoir les valeurs de fair-play, d’inclusion et d’excellence, tout en renforçant les liens avec les autres nations du continent.

Cette dimension géopolitique est d’autant plus importante que le Maroc cherche à consolider son influence en Afrique, notamment face à des rivaux comme l’Algérie ou l’Égypte. En accueillant cette CAN, le royaume envoie un signal fort : celui d’un pays capable d’organiser des événements sportifs de haut niveau, tout en offrant un cadre sécurisé et attractif pour les délégations étrangères. Cette image est cruciale à l’heure où le pays prépare la Coupe du Monde 2030, un projet qui nécessitera une coopération étroite avec ses partenaires espagnols et portugais, mais aussi avec les instances internationales comme la FIFA.

Par ailleurs, cette compétition est aussi l’occasion de mettre en avant le futsal comme un levier de développement social. Au Maroc, ce sport est de plus en plus populaire, notamment dans les quartiers populaires et les zones rurales, où les infrastructures de football traditionnel sont moins accessibles. Des initiatives locales, comme les tournois organisés dans les écoles ou les centres de jeunesse, contribuent à démocratiser la pratique du futsal et à détecter de nouveaux talents. Pour les autorités sportives marocaines, cette CAN est donc aussi une opportunité de capitaliser sur cet engouement et de structurer davantage la filière, en vue des prochaines échéances internationales.

Ce qu’il faut retenir

La CAN de futsal 2026, qui débute ce mercredi à Rabat, est bien plus qu’un simple tournoi continental. Pour le Maroc, elle représente un double défi : sportif, avec l’objectif de remporter un quatrième titre africain, et organisationnel, avec la nécessité de prouver que le pays peut accueillir un événement de cette envergure dans des conditions optimales. Les performances des Lions de l’Atlas seront scrutées de près, tout comme la capacité des organisateurs à gérer les aspects logistiques et médiatiques de la compétition.

Au-delà des résultats, cette CAN s’inscrit dans une stratégie plus large de diplomatie sportive, qui vise à renforcer l’influence du Maroc sur le continent et à préparer le terrain pour des échéances plus ambitieuses, comme la Coupe du Monde 2030. Si l’événement se déroule sans accroc, il pourrait marquer une étape importante dans la maturation du sport marocain, tant sur le plan des infrastructures que de la gouvernance. À l’inverse, des dysfonctionnements répétés pourraient fragiliser la crédibilité du pays à quelques années d’un rendez-vous planétaire.

Pour les amateurs de futsal, cette compétition offre aussi l’occasion de découvrir une discipline en plein essor, où l’Afrique commence à jouer un rôle de plus en plus important. Avec des équipes comme l’Angola, l’Égypte ou la Zambie, qui progressent rapidement, le niveau continental n’a jamais été aussi élevé. Et si le Maroc parvient à conserver son titre, il confirmera sa place de leader africain, tout en envoyant un message fort à ses concurrents européens et sud-américains.