Géopolitique : BRICS, dette française et extrême droite, les équilibres qui bougent

Le sommet des BRICS à New Delhi révèle les tensions internes du bloc, tandis que la dette française attire les spéculateurs et que l'extrême droite instrumentalise l'alimentation. Trois fronts géopolitiques et économiques à suivre.

Géopolitique : BRICS, dette française et extrême droite, les équilibres qui bougent
Photo de Ashni sur Unsplash

Les BRICS à l’épreuve de leurs contradictions

Le sommet des BRICS+, qui s’ouvre ce 12 septembre à New Delhi, met en lumière les fractures d’un bloc présenté comme une alternative aux puissances occidentales. Si l’Inde a déployé un protocole fastueux pour accueillir les dirigeants russe, chinois et iranien, les divergences stratégiques entre membres restent palpables. Selon Le Monde, Vladimir Poutine, Narendra Modi et Xi Jinping jouent chacun une « partition distincte », limitant la capacité du groupe à incarner un contrepoids crédible dans les relations internationales.

Au cœur des débats : l’émancipation du dollar pour les transactions internationales. Un sujet récurrent depuis 2023, mais qui peine à se concrétiser face aux réticences de l’Inde et du Brésil, soucieux de ne pas froisser leurs partenaires occidentaux. Autre point de tension : le rapprochement sino-indien. Pékin et New Delhi, malgré leur rivalité historique, affichent une volonté de coopération économique, mais les contentieux frontaliers et les alliances militaires (l’Inde avec les États-Unis, la Chine avec la Russie) freinent toute avancée significative. Enfin, la crise au Moyen-Orient divise le bloc. L’Iran, représenté par son président Massoud Pezeshkian, cherche à mobiliser les BRICS contre Israël, tandis que l’Inde et l’Arabie saoudite, nouveaux membres, privilégient une approche plus mesurée.

Pour la France, ce sommet est un révélateur des recompositions géopolitiques. Alors que Paris tente de maintenir un dialogue avec les pays du Sud global, les divisions au sein des BRICS compliquent toute tentative de médiation ou de partenariat structurant.


La dette française sous le feu des spéculateurs

La France, dont la dette publique dépasse 110 % du PIB, est devenue une cible privilégiée des hedge funds. Selon Le Monde, ces fonds spéculatifs assurent désormais plus de la moitié des échanges d’obligations européennes, un niveau inédit. Leur profil, moins prévisible que celui des banques ou des assureurs, inquiète les autorités françaises. « Ces créanciers peuvent décider du jour au lendemain de vendre massivement leurs titres, ce qui ferait bondir les taux d’emprunt », explique un analyste cité par le quotidien.

Cette situation intervient dans un contexte déjà tendu. La Banque centrale européenne (BCE) a commencé à réduire ses achats d’actifs, laissant le marché plus exposé aux mouvements de capitaux. Par ailleurs, les agences de notation surveillent de près la trajectoire budgétaire française, alors que le gouvernement peine à contenir les dépenses publiques. Si la France n’est pas encore en situation de crise, comme la Grèce en 2010, la dépendance aux marchés financiers la rend vulnérable à une dégradation de la confiance des investisseurs.

Les conséquences pourraient être lourdes : hausse des taux d’intérêt, pression accrue sur les finances publiques, et, in fine, un risque de remise en cause des politiques sociales ou d’investissement. Pour l’instant, Bercy se veut rassurant, mais les observateurs soulignent que la marge de manœuvre se réduit.


L’extrême droite et la bataille de l’assiette

Longtemps cantonnée aux débats sur l’immigration ou la sécurité, l’extrême droite française investit désormais le champ de l’alimentation, un terrain jusqu’ici peu politisé. Dans une tribune publiée par Le Monde, des chercheurs alertent sur la récupération de la gastronomie française à des fins identitaires. Le Rassemblement national (RN) et Reconquête ! multiplient les discours sur la « défense des traditions culinaires » contre les « assauts du multiculturalisme », un argumentaire qui mêle protectionnisme économique et xénophobie.

Cette stratégie n’est pas nouvelle : elle s’inspire de mouvements similaires en Italie ou en Hongrie, où l’extrême droite a fait de la « souveraineté alimentaire » un cheval de bataille. En France, elle prend plusieurs formes. D’abord, une opposition aux menus végétariens dans les cantines scolaires, présentés comme une « atteinte à la culture française ». Ensuite, une dénonciation des « kebabs » et des « fast-foods étrangers », accusés de menacer les « petits producteurs locaux ». Enfin, une instrumentalisation des crises agricoles, comme celle des éleveurs, pour promouvoir un discours anti-européen et anti-globalisation.

Cette offensive culinaire s’inscrit dans une logique plus large de « grand remplacement », théorisée par l’écrivain Renaud Camus et reprise par des figures comme Jordan Bardella. « En brandissant le spectre d’une France qui perdrait son identité par son assiette, l’extrême droite cherche à toucher un électorat populaire sensible aux questions de pouvoir d’achat et de préservation des modes de vie », analyse un politologue interrogé par Libération.

Pour l’instant, cette rhétorique peine à convaincre au-delà des cercles militants. Mais avec une présidentielle en ligne de mire en 2027, le RN pourrait amplifier ce discours, notamment en ciblant les zones rurales et périurbaines, où les inquiétudes économiques et culturelles sont les plus vives.


Ce qu’il faut retenir

  1. Les BRICS en quête d’unité : Le sommet de New Delhi révèle les limites d’un bloc divisé entre ambitions géopolitiques et intérêts nationaux contradictoires. Pour la France, ces tensions compliquent toute tentative de dialogue avec le Sud global.
  2. La dette française sous surveillance : Les hedge funds, désormais majoritaires sur le marché des obligations européennes, pourraient déstabiliser les finances publiques françaises si la confiance des investisseurs venait à s’effriter.
  3. L’alimentation, nouveau terrain de l’extrême droite : En récupérant la gastronomie française à des fins identitaires, le RN et Reconquête ! tentent de séduire un électorat populaire, avec un discours mêlant protectionnisme et xénophobie.

Ces trois fronts – géopolitique, économique et sociétal – dessinent une rentrée sous tension, où les équilibres traditionnels sont remis en cause. À suivre, notamment, les réactions des marchés à la dette française et l’évolution du discours de l’extrême droite à l’approche de 2027.