Géopolitique : BRICS, chasse et médias, les tensions qui redéfinissent les équilibres

Le sommet des BRICS marque un rapprochement sino-indien, tandis que la chasse et la grève à Radio France révèlent des fractures internes en France.

Géopolitique : BRICS, chasse et médias, les tensions qui redéfinissent les équilibres
Photo de Krzysztof Hepner sur Unsplash

Le week-end du 13 septembre 2026 a été marqué par des mouvements géopolitiques et sociétaux qui, sans être spectaculaires, dessinent des évolutions durables. Entre un sommet des BRICS actant un dégel prudent entre l’Inde et la Chine, l’ouverture controversée de la chasse en France après un été caniculaire, et une grève inédite à Radio France contre une nomination jugée incompatible avec le pluralisme, ces événements révèlent des tensions à la fois internationales et internes. Ils interrogent la capacité des États et des institutions à concilier des intérêts divergents dans un contexte de crises climatiques, politiques et médiatiques.


BRICS : l’Inde et la Chine amorcent un dégel sous contraintes

La visite du président chinois Xi Jinping à New Delhi, les 12 et 13 septembre, pour le sommet des BRICS, a constitué un symbole fort : il s’agissait de sa première présence en Inde depuis sept ans. Ce rapprochement, aussi prudent soit-il, intervient après des années de tensions frontalières et de rivalités commerciales. Selon Le Monde, les deux pays ont acté une "nouvelle étape" dans leurs relations, sans pour autant résoudre les contentieux qui les opposent.

Le conflit frontalier dans l’Himalaya, qui avait culminé en 2020 avec des affrontements meurtriers, reste une épine dans le pied des deux puissances. De même, les déséquilibres commerciaux – la Chine exporte massivement vers l’Inde tandis que cette dernière peine à percer le marché chinois – n’ont pas été abordés en profondeur. Pourtant, la simple tenue de cette rencontre envoie un signal : dans un monde marqué par les rivalités entre blocs, Pékin et New Delhi semblent privilégier une coexistence minimale, quitte à reporter les sujets qui fâchent.

Pour la France, ce dégel sino-indien a des implications indirectes. L’Inde, partenaire historique de Paris dans l’océan Indien, pourrait être tentée de modérer ses critiques envers la Chine pour préserver ses intérêts économiques. Une évolution qui contraindrait la diplomatie française à naviguer entre son alliance avec New Delhi et sa volonté de ne pas froisser Pékin, notamment sur les questions de sécurité en Asie-Pacifique.


Chasse en France : un débat climatique qui divise

L’ouverture de la chasse, ce dimanche 13 septembre, a ravivé les tensions entre écologistes et chasseurs, dans un contexte marqué par les canicules et les incendies de l’été. Pour les associations de protection de la nature, la saison cynégétique devrait être reportée afin de préserver une faune déjà fragilisée par les épisodes de sécheresse. "Les animaux sont affaiblis, les écosystèmes en stress hydrique : chasser maintenant, c’est aggraver la crise", résume un porte-parole de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), cité par Le Dauphiné Libéré.

Les chasseurs, de leur côté, rejettent cette vision. Ils soulignent que leur pratique est encadrée et que les quotas sont ajustés en fonction de l’état des populations animales. Certains pointent aussi du doigt une forme de méconnaissance des réalités rurales : "On nous présente comme des tueurs, alors que nous sommes les premiers à observer les changements dans la nature", explique un responsable de la Fédération nationale des chasseurs.

Ce débat dépasse le simple cadre environnemental. Il cristallise des oppositions plus larges entre urbains et ruraux, entre une écologie perçue comme punitive et une tradition cynégétique ancrée dans certains territoires. Avec la multiplication des épisodes climatiques extrêmes, la question de la cohabitation entre activités humaines et préservation de la biodiversité promet de devenir un enjeu récurrent, bien au-delà de la seule saison de chasse.


Radio France en grève : le pluralisme en question

La nomination d’un responsable issu de Valeurs actuelles au sein de Radio France a provoqué un mouvement de grève inédit, les 13 et 14 septembre. Pour les syndicats et une partie des salariés, ce recrutement est incompatible avec la mission de service public de la radio. "Recruter chez Valeurs actuelles, ce n’est pas du pluralisme, c’est une provocation", a déclaré un représentant du SNJ (Syndicat national des journalistes), cité par Le Dauphiné Libéré.

Valeurs actuelles, magazine classé à l’extrême droite, est régulièrement critiqué pour ses positions sur l’immigration, l’islam ou les questions sociétales. Son arrivée dans l’écosystème de Radio France, même à un poste éditorial, est perçue comme une rupture avec la tradition de neutralité et d’équilibre du service public. La direction, de son côté, défend une logique de diversité des profils, arguant que le pluralisme implique d’intégrer des voix variées, y compris celles qui dérangent.

Cette crise intervient dans un contexte plus large de défiance envers les médias. En France, comme ailleurs en Europe, les accusations de partialité ou de collusion avec le pouvoir se multiplient, alimentées par les réseaux sociaux et les discours politiques. La grève à Radio France pose une question fondamentale : jusqu’où le pluralisme peut-il aller sans remettre en cause la crédibilité d’une institution ? Et comment concilier ouverture et cohérence éditoriale dans un paysage médiatique de plus en plus polarisé ?


Ce qu’il faut retenir

  1. Un dégel sino-indien sous conditions : Le sommet des BRICS a acté un rapprochement entre Pékin et New Delhi, sans résoudre leurs contentieux frontaliers et commerciaux. Une évolution à suivre, notamment pour la diplomatie française, qui devra composer avec cette nouvelle donne en Asie.
  2. La chasse, révélateur des tensions climatiques : L’ouverture de la saison cynégétique après un été caniculaire a relancé le débat entre écologistes et chasseurs. Un sujet qui dépasse le cadre environnemental pour toucher aux fractures entre urbains et ruraux.
  3. Radio France et le pluralisme en crise : La nomination d’un responsable issu de Valeurs actuelles a provoqué une grève, interrogeant les limites du pluralisme dans les médias publics. Un symptôme des tensions qui traversent le paysage médiatique français.

Ces trois fronts – géopolitique, environnemental et médiatique – illustrent les défis d’un monde où les équilibres traditionnels sont bousculés par les crises climatiques, les reconfigurations politiques et les mutations sociétales.