Botola Pro : Tanger et Meknès en duel, le football marocain entre finances et ambitions
Le championnat marocain entre dans une phase décisive avec Ittihad Tanger et CODM Meknès en tête. Entre difficultés financières et professionnalisation, le football local cherche un nouveau souffle.
Tanger et Meknès mènent la danse, Tiznit en difficulté
Le championnat de Botola Pro 2026-2027 a pris un tournant décisif après cinq journées disputées. Ittihad Tanger et le CODM de Meknès se partagent la tête du classement avec 11 points chacun, selon les résultats compilés par Hespress. Les deux formations, qui n’avaient pas figuré parmi les favoris en début de saison, confirment leur régularité offensive – Tanger avec 9 buts marqués, Meknès avec 8 – tout en affichant une solidité défensive remarquable (2 buts encaissés chacun).
Derrière ce duo, la surprise vient de l’AS FAR, troisième avec 10 points, qui semble avoir surmonté les turbulences internes de l’intersaison. Le club de la capitale, habitué aux premières places, retrouve un rythme de croisière après un début de saison laborieux. À l’inverse, l’Amal de Tiznit, quatrième la saison dernière, s’enfonce dans la crise. Avec seulement 4 points en cinq matchs et une défaite humiliante face à la lanterne rouge (0-3 contre le Raja Al Hoceima), le club du Souss traverse une passe difficile, à la fois sportive et financière.
L’ombre des finances sur le championnat
Les difficultés de Tiznit ne sont pas isolées. Plusieurs clubs de Botola Pro peinent à boucler leurs budgets, un problème récurrent qui menace la stabilité du championnat. Selon un rapport publié en septembre 2026 par la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), près de 40 % des clubs professionnels marocains affichent un déficit chronique, avec des dettes cumulées dépassant les 200 millions de dirhams. Les retards de paiement des salaires, les infrastructures vétustes et le manque de revenus stables (sponsoring, billetterie) pèsent sur la compétitivité des équipes.
La FRMF a annoncé en août un plan de sauvetage, incluant un fonds de solidarité alimenté par les droits télévisuels et une réforme du statut des clubs. Mais les effets tardent à se faire sentir. "La professionnalisation ne se décrète pas, elle se construit sur le terrain et dans les comptes", résumait un dirigeant de club sous couvert d’anonymat. À Tiznit, la situation est particulièrement tendue : le club a dû renoncer à recruter lors du mercato estival et envisage de se séparer de plusieurs joueurs cadres pour équilibrer son budget.
Un championnat en quête de visibilité
Malgré ces défis, la Botola Pro tente de se réinventer. La diffusion des matchs sur la chaîne Arryadia et la plateforme SNRT Sports a permis d’élargir l’audience, avec une hausse de 15 % des téléspectateurs par rapport à la saison dernière. Les affluences restent cependant modestes : en moyenne, 5 000 spectateurs par match, un chiffre qui place le championnat marocain loin derrière ses voisins algérien ou tunisien.
L’enjeu est aussi continental. Après l’élimination précoce de la RS Berkane en Coupe de la Confédération 2026, les clubs marocains cherchent à retrouver leur lustre d’antan. Ittihad Tanger, qui dispute cette année la Ligue des Champions, pourrait être le fer de lance de cette reconquête. Mais pour cela, il faudra surmonter les obstacles financiers et logistiques qui freinent l’éclosion d’un football marocain compétitif sur tous les fronts.
Ce qu’il faut retenir
- Tanger et Meknès en tête du championnat, avec une régularité qui contraste avec les difficultés de Tiznit.
- Crise financière persistante : 40 % des clubs en déficit, selon la FRMF, malgré un plan de sauvetage.
- Visibilité en hausse grâce aux droits TV, mais affluences et compétitivité continentale restent en retrait.
- L’enjeu de la professionnalisation : entre réformes structurelles et réalités économiques, le football marocain cherche un second souffle.
Le championnat marocain se joue désormais sur deux tableaux : celui des terrains, où Tanger et Meknès rêvent de titre, et celui des finances, où la survie de plusieurs clubs est en jeu. Une équation complexe, mais indispensable pour l’avenir du football local.