Culture & pouvoir : quand Bolloré, Beigbeder et les musées réécrivent l’histoire

Vincent Bolloré impose sa ligne éditoriale chez Grasset, Frédéric Beigbeder défend un thriller antispéciste, et Arthur Jafa réinvente l’art contemporain. Trois fronts où la culture devient un champ de bataille politique et économique.

Culture & pouvoir : quand Bolloré, Beigbeder et les musées réécrivent l’histoire
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Quand Vincent Bolloré fait sauter les verrous de l’édition

C’est un séisme discret, mais profond. Olivier Nora, président historique des éditions Grasset, a été limogé le 28 avril. Officiellement, un "désaccord stratégique". En réalité, une prise de contrôle idéologique. Vincent Bolloré, déjà maître des médias (CNews, Europe 1) et de la logistique (Bolloré Africa Logistics), étend son empire à l’édition. Son objectif ? Une ligne "conservatrice et catholique", selon les mots d’un éditeur sous couvert d’anonymat.

Près de 200 auteurs ont annoncé leur départ de Grasset. Parmi eux, des figures comme Leïla Slimani ou Emmanuel Carrère. Leur crainte ? Que Bolloré ne transforme la maison en machine à propagande, comme il l’a fait avec ses chaînes d’info. "On ne publie pas des livres pour faire plaisir à un milliardaire", a tweeté l’écrivain David Foenkinos. Sauf que, justement, c’est ce qui est en train d’arriver.

Le cas Grasset n’est pas isolé. En 2025, Bolloré a racheté les éditions Plon et Robert Laffont. Son groupe, Vivendi, contrôle désormais près de 15 % du marché du livre en France. Une concentration inédite, qui pose une question simple : jusqu’où ira-t-il ? Et surtout, qui osera lui résister ?


Frédéric Beigbeder et la vache qui valait un procès

Frédéric Beigbeder, académicien et provocateur professionnel, vient de signer La Dernière Nuit, un thriller où un banquier tue une vache. "Une question simple : une vache mérite-t-elle justice ?", demande-t-il dans Le Figaro. Derrière la provocation, une vraie réflexion sur l’antispécisme, ce mouvement qui refuse la hiérarchie entre les espèces.

Beigbeder n’est pas le premier à s’emparer du sujet. Mais son roman arrive à un moment clé. En 2026, l’Union européenne a renforcé les sanctions contre la maltraitance animale, et la France débat d’un "statut juridique" pour les animaux. Les éleveurs manifestent, les végans militent, et les éditeurs flairent le filon.

Le paradoxe ? Beigbeder, connu pour ses excès et son mépris affiché pour les "bobos écolos", se retrouve à défendre une cause qui le dépasse. "Je ne suis pas un militant, je suis un écrivain", se défend-il. Pourtant, son livre tombe à pic. Comme si, malgré lui, il avait capté l’air du temps : une société qui ne supporte plus l’idée que l’homme soit le seul être digne de droits.


Arthur Jafa, ou l’art comme arme de résistance

Il a 65 ans, et il est partout. Arthur Jafa, vidéaste américain, expose à Venise, à New York, à Paris. Ses œuvres, des collages d’images violentes et poétiques, racontent l’histoire afro-américaine : esclavage, émeutes, résilience. "Il filme comme on écrit un manifeste", résume Le Monde.

Son succès est fulgurant. En dix ans, il est passé du statut d’artiste underground à celui de star mondiale. Son secret ? Une esthétique brutale, qui ne laisse personne indifférent. À Venise, sa rétrospective est présentée en regard de celle de Richard Prince, photographe blanc et controversé. Le message est clair : l’art contemporain n’est plus un club réservé à une élite occidentale.

Jafa ne se contente pas de créer. Il théorise. "L’art noir n’est pas une mode, c’est une nécessité", affirme-t-il. Dans un monde où les musées sont accusés de blanchiment culturel, son travail sonne comme un avertissement : l’histoire s’écrit aussi avec des images, et celles des dominés méritent d’être vues.


Le jardinage, nouveau remède miracle ?

Le jardinage fait maigrir. Le jardinage soigne les articulations. Le jardinage booste le cerveau. Les études scientifiques s’accumulent, et les médias s’emballent. Le Monde y consacre un article, comme si le potager était devenu le nouveau Prozac.

Pourtant, derrière l’enthousiasme, une question se pose : pourquoi cette soudaine fascination pour le jardinage ? La réponse est peut-être moins botanique que politique. En 2026, la crise climatique et la précarité alimentaire poussent les Français à se réapproprier leur alimentation. Les jardins partagés fleurissent dans les villes, et les municipalités subventionnent les potagers urbains.

Le jardinage n’est plus un loisir, mais un acte de résistance. Cultiver ses tomates, c’est refuser la dépendance aux supermarchés. C’est aussi une façon de reprendre le contrôle, dans un monde où tout semble échapper aux citoyens. Alors oui, le jardinage fait du bien. Mais pas seulement au corps : à l’esprit aussi.


Ce qu’il faut retenir

  1. Bolloré colonise l’édition : Après les médias, le milliardaire s’attaque aux livres. Son objectif ? Une ligne conservatrice, au mépris de la liberté éditoriale. Les auteurs fuient, mais pour combien de temps ?
  2. L’antispécisme entre en littérature : Beigbeder, malgré lui, donne une caisse de résonance à un débat qui divise la France. Entre éleveurs en colère et végans militants, la bataille des droits des animaux ne fait que commencer.
  3. L’art contemporain se décolonise : Arthur Jafa impose une nouvelle narration, où l’histoire des Noirs n’est plus un sujet exotique, mais une nécessité. Les musées occidentaux n’ont plus le choix : ils doivent s’adapter ou disparaître.
  4. Le jardinage, symptôme d’une société en crise : Derrière les vertus thérapeutiques, une réalité plus sombre : les Français jardinent par nécessité, pas par hobby. La preuve que l’écologie n’est plus une option, mais une survie.