Économie marocaine : entre blocus d'Ormuz et fragilités internes
Le blocus américain du détroit d'Ormuz menace l'approvisionnement énergétique du Maroc, tandis que les assurances battent des records et les douanes serrent la vis.
Revue de presse du 12 avril 2026
Dernière mise à jour : 19:53
Le détroit d'Ormuz vient de se transformer en poudrière économique. Et pour le Maroc, pays importateur net d'hydrocarbures, la détonation pourrait être violente. Ce dimanche 12 avril, trois signaux d'alerte clignotent simultanément : un blocus naval américain qui menace les routes pétrolières mondiales, des fraudes à l'importation qui gangrènent le commerce extérieur, et un tissu entrepreneurial où 98% des entreprises naviguent sans comptes certifiés. Le tableau n'est pas noir — les assurances affichent un record historique —, mais il révèle une économie tiraillée entre dynamisme sectoriel et vulnérabilités structurelles.
Que signifie le blocus d'Ormuz pour le portefeuille des Marocains ?
Donald Trump a annoncé, ce dimanche sur Truth Social, un blocus naval « avec effet immédiat » du détroit d'Ormuz. La marine américaine est chargée d'intercepter tout navire tentant d'entrer ou de sortir de ce goulet par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. Motif invoqué : le refus de Téhéran de renoncer à ses ambitions nucléaires lors des pourparlers d'Islamabad, malgré des avancées sur d'autres points, selon les sources concordantes de Médias24 et Hespress.
Pour Rabat, le calcul est simple et brutal. Le Maroc importe la quasi-totalité de ses besoins en énergie fossile. Toute perturbation sur Ormuz — même partielle, même temporaire — se répercute mécaniquement sur les cours du brut, donc sur la facture énergétique nationale, donc sur les prix à la pompe, donc sur l'inflation. Médias24 alertait déjà sur le fait que les effets économiques de la guerre en Iran restaient « sous-estimés » : inflation importée, désorganisation des chaînes de valeur, pression accrue sur les finances publiques. Le cessez-le-feu précédent avait calmé les marchés sans éteindre l'incendie. Ce blocus rallume la mèche.
La question n'est plus de savoir si le Maroc sera touché, mais à quelle vitesse. Et surtout : quelle marge de manœuvre reste-t-il au gouvernement pour amortir le choc, alors que la Caisse de compensation a déjà été mise à rude épreuve ces dernières années ?
Fraude à l'importation : les douanes passent à l'offensive
Pendant que les yeux se tournent vers le Golfe, un autre front s'ouvre à l'intérieur des frontières. Selon Hespress, la Brigade nationale des douanes, en coordination avec l'Office des changes, a lancé des investigations de grande envergure visant sept entreprises. Secteurs concernés : alimentaire, textile, vêtements, équipements ménagers. Les soupçons portent sur la falsification de certificats d'origine et la manipulation des valeurs déclarées à l'importation.
Ce n'est pas anecdotique. Falsifier un certificat d'origine, c'est contourner les droits de douane, fausser la concurrence avec les producteurs locaux et, potentiellement, introduire sur le marché des produits qui échappent aux contrôles de conformité. C'est aussi priver le Trésor public de recettes fiscales — dans un contexte où chaque dirham compte.
Le timing de cette offensive n'est sans doute pas anodin. Alors que les tensions commerciales mondiales s'exacerbent et que la guerre des tarifs douaniers redessine les flux, le Maroc a tout intérêt à verrouiller ses propres frontières commerciales. La question qui pique : ces sept entreprises ne sont-elles que la partie émergée ?
64,3 milliards de dirhams : les assurances en pleine santé, et après ?
Bonne nouvelle au milieu des turbulences : le secteur des assurances a franchi un cap historique en 2025, avec un chiffre d'affaires de 64,3 milliards de dirhams, en hausse de 7,9% sur un an, rapporte Hespress. La branche Vie progresse de 8,6% à 29,47 milliards, portée par les produits d'épargne. La Non-Vie reste structurellement ancrée autour de l'automobile.
Ce record traduit une réalité à double lecture. D'un côté, un marché qui se développe, qui se sophistique, qui gagne en profondeur — signe d'une classe moyenne qui s'assure davantage. De l'autre, un secteur encore très dépendant de l'auto et de l'épargne classique, dans un pays où le taux de pénétration de l'assurance reste modeste comparé aux standards internationaux. La croissance est là, mais le potentiel inexploité reste immense — notamment en assurance santé et en couverture agricole, deux secteurs où le besoin est criant.
98% des entreprises sans comptes certifiés : le chiffre qui dérange
Fayçal Mekouar, président sortant de l'Ordre des experts-comptables, lâche une bombe dans un entretien à Médias24 : seules 2% des entreprises marocaines ont des comptes certifiés. Deux pour cent. Le chiffre est vertigineux.
Pas de comptes certifiés, cela signifie moins de transparence, moins de confiance des investisseurs, moins de capacité à lever des fonds, et un terreau fertile pour l'informel et la fraude. Difficile de prétendre attirer les capitaux internationaux et préparer une place financière crédible quand l'écrasante majorité du tissu économique opère dans l'opacité comptable. La question posée par Mekouar — « est-ce normal ? » — appelle une réponse évidente. La vraie question est plutôt : qu'est-ce qu'on attend pour y remédier ?
Ce dimanche dessine le portrait d'une économie marocaine à la croisée des pressions : un choc externe majeur qui menace l'énergie et les prix, des failles internes que les autorités commencent à colmater, et des secteurs dynamiques qui prouvent que la machine tourne — mais pas encore à plein régime. Le blocus d'Ormuz va tester la résilience du modèle. La réponse ne viendra pas que de la diplomatie : elle se joue aussi dans la rigueur des comptes, la loyauté des importations et la profondeur du marché financier.