Géopolitique : le blocus iranien commence, le Maroc joue ses cartes
Blocus américain de l'Iran, Maroc contributeur clé du Conseil de la paix à Gaza, Hongrie post-Orban : la géopolitique se redessine ce lundi 13 avril.
Revue de presse du 13 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:16
Ce lundi 13 avril à 16h heure de Casablanca, les navires de guerre américains commencent à verrouiller les ports iraniens. Au même moment, le Maroc se retrouve dans un club très fermé — celui des trois seuls pays à avoir réellement payé pour la paix à Gaza. Et en Europe, un séisme électoral balaie seize ans de pouvoir nationaliste en Hongrie. Trois théâtres, une même question : qui pèse encore, et à quel prix ?
Le blocus iranien entre en vigueur : qu'est-ce que ça change concrètement ?
C'est désormais du concret. Selon le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom), les forces américaines appliqueront à partir de ce lundi un blocus « impartial » de « tout le trafic maritime entrant et sortant des ports iraniens », conformément à une proclamation du président Trump. Tous les navires sont concernés, toutes nationalités confondues, dans le golfe Arabo-Persique comme dans le golfe d'Oman.
On passe de la menace à l'acte. Ce n'est plus un bras de fer diplomatique. C'est un étranglement naval en bonne et due forme, le genre d'opération que le droit international qualifie traditionnellement d'acte de guerre. Washington, bien sûr, se garde de prononcer le mot.
Pour le Maroc, les conséquences économiques ont déjà été analysées — la dépendance aux flux pétroliers transitant par Ormuz est une réalité connue. Mais la dimension géopolitique mérite qu'on s'y arrête. Rabat entretient des relations calibrées avec Téhéran depuis la rupture diplomatique de 2018. Ce blocus oblige chaque capitale à se positionner. Le silence ou l'ambiguïté ne seront pas des options très longtemps.
Le Maroc, payeur discret de la paix à Gaza
Voilà une information qui mérite qu'on la pèse. Selon des révélations de l'agence Reuters reprises par Hespress, le Maroc et les Émirats arabes unis sont, avec les États-Unis, les seuls pays à avoir honoré leur contribution financière au « Conseil de la paix » créé par Donald Trump pour stabiliser Gaza.
Les seuls. Sur l'ensemble des pays sollicités, trois ont mis la main à la poche. Le Maroc en fait partie.
Côté palestinien, la réaction est double. Wassel Abou Youssef, secrétaire général du Front de libération de la Palestine et membre du Comité exécutif de l'OLP, a tiré la sonnette d'alarme sur ce qu'il perçoit comme une tentative de « marginaliser la cause palestinienne ». Le message est clair : l'engagement financier du Maroc est salué, mais la méfiance envers le cadre trumpien demeure.
Rabat joue ici une partition connue — celle du pont. Présider le Comité Al-Qods, maintenir le lien avec Washington, financer un mécanisme de paix américain tout en gardant la confiance des Palestiniens. L'exercice d'équilibriste est périlleux. Mais le Maroc, pour l'instant, est l'un des rares à avoir encore un pied dans chaque camp.
Le Liban sous les bombes, la Croix-Rouge dans le viseur
Pendant que les chancelleries comptent leurs contributions, le sud du Liban continue de brûler. Six personnes ont été tuées dimanche dans de nouvelles frappes israéliennes, selon le ministère libanais de la Santé. Parmi elles, un secouriste de la Croix-Rouge libanaise. L'organisation a dénoncé une attaque directe par drone israélien contre son équipe, alors même que le logo était visible et la mission clairement humanitaire.
Le secrétaire général de la Fédération internationale de la Croix-Rouge, Jagan Chapagain, s'est dit « consterné ». Le Premier ministre Nawaf Salam, lui, a affirmé œuvrer pour un « retrait israélien total ». Benjamin Netanyahu, dans le même temps, a annoncé la poursuite des opérations militaires.
On est donc face à un dialogue de sourds, ponctué de frappes contre des acteurs humanitaires protégés par le droit international. Le fossé entre le discours diplomatique et la réalité du terrain ne cesse de se creuser.
La Hongrie tourne la page Orban : quel signal pour l'Europe ?
Loin du Moyen-Orient, un autre basculement. Le conservateur proeuropéen Peter Magyar a largement battu Viktor Orban aux législatives hongroises de dimanche, selon Courrier International, mettant fin à seize années de pouvoir nationaliste. La presse européenne parle d'un « immense soulagement » pour l'Union européenne et d'un « coup dur » pour le mouvement trumpiste en Europe.
Ce résultat n'est pas anodin pour le Maroc. Budapest sous Orban était devenue un relais du discours anti-immigration en Europe, souvent pointé vers l'Afrique du Nord. Un changement de ton hongrois pourrait contribuer à détendre les relations euro-méditerranéennes — ou du moins à retirer un mégaphone du camp souverainiste.
Plus largement, la défaite d'Orban questionne la solidité de l'axe nationaliste international que Trump tente de structurer. Si même Budapest lâche, qui reste dans la danse ?
Ce lundi dessine une géopolitique en mouvement accéléré. Un blocus naval qui entre en vigueur, un Maroc qui paie quand les autres parlent, un Liban qui s'enfonce, une Europe qui corrige le tir. Rabat navigue dans ces eaux troubles avec une boussole pragmatique : être partout où ça compte, ne s'enfermer nulle part. La question, comme toujours, est de savoir combien de temps ce grand écart reste tenable.