Maroc 2026 : autonomie saharienne, douanes et carbone — l'économie des choix souverains

Le Maroc négocie son autonomie au Sahara, réorganise ses douanes et mise sur le carbone. Trois fronts où la souveraineté économique se joue sans attendre.

Maroc 2026 : autonomie saharienne, douanes et carbone — l'économie des choix souverains
Photo de Markus Winkler sur Unsplash

L’autonomie saharienne : un chantier qui ne peut plus échouer

Le projet d’autonomie pour le Sahara marocain entre dans une phase critique. Plus question de débats diplomatiques : c’est désormais l’application concrète qui concentre les inquiétudes. Lors d’une rencontre au Salon du livre de Rabat, des experts ont tiré la sonnette d’alarme. Le soutien international, bien que croissant, ne suffira pas. Ce qui compte maintenant, c’est la capacité de l’État à garantir une mise en œuvre "cohérente, stable et crédible".

Pourquoi ce virage ? Parce que le projet n’est plus seulement une carte géopolitique. Il devient un levier économique. Une autonomie mal gérée, c’est l’instabilité aux portes des investissements étrangers, la fragilisation des infrastructures stratégiques comme Jorf Lasfar, et un risque de fragmentation territoriale qui effraie les marchés. Le Maroc mise sur cette solution pour attirer des capitaux et sécuriser ses corridors logistiques vers l’Afrique subsaharienne. Mais si les promesses ne se concrétisent pas, c’est toute la crédibilité de la souveraineté marocaine qui sera remise en cause.

Et les signaux sont déjà là. Les tensions autour de Smara, avec une attaque au projectile revendiquée par le Polisario, rappellent que le cessez-le-feu reste fragile. L’ONU a exprimé sa "profonde inquiétude", mais sans condamnation claire. Une ambiguïté qui pourrait encourager de nouvelles provocations. Pour le Maroc, l’enjeu est double : prouver que l’autonomie est viable et que l’État reste maître du terrain.


Douanes et Trésorerie : les coulisses d’un État qui se réorganise

Un mouvement discret mais significatif se dessine au sommet de l’appareil financier marocain. Abdellatif El Amrani, pressenti pour diriger la Trésorerie générale du Royaume, et Aziz El Khayati, en passe de prendre les rênes des Douanes, incarnent une nouvelle génération de hauts fonctionnaires. Leur mission ? Moderniser des administrations clés dans un contexte de tensions budgétaires et de pressions géopolitiques.

Les Douanes, en particulier, sont au cœur des enjeux de souveraineté économique. L’Office des changes a lancé une enquête sur des exportations suspectes vers l’Europe, ciblant 23 entreprises dans l’agroalimentaire, le textile et l’habillement. Objectif : corriger la valeur des bénéfices rapatriés au Maroc. Une opération qui en dit long sur les failles du système. Si les exportateurs sous-évaluent leurs revenus pour échapper à la fiscalité locale, c’est toute la balance commerciale qui est faussée. Et dans un pays où le dirham reste sous pression, chaque dirham compte.

Cette réorganisation intervient aussi dans un contexte de dépendance aux rentes sectorielles. Les Douanes marocaines, comme l’a souligné NewsMatin il y a quelques semaines, négocient leur souveraineté "à la découpe". Entre les exemptions accordées aux zones franches et les pressions des lobbies industriels, l’équilibre est précaire. La nomination d’El Khayati pourrait marquer un tournant : moins de tolérance pour les arrangements opaques, plus de transparence pour attirer les investisseurs.


Le marché carbone : le Maroc mise sur l’or vert

Derrière les grands projets énergétiques et les annonces sur la résilience territoriale, une même logique émerge : le Maroc se positionne pour le monde d’après. Et ce monde, c’est celui du carbone.

Le pays affiche un volontarisme assumé sur le marché mondial du carbone. Un signal fort, alors que les règles internationales sont encore en train de se dessiner. Le Maroc ne veut pas subir ces règles : il veut les influencer. En misant sur les énergies vertes, en sécurisant des infrastructures comme Jorf Lasfar, et en accompagnant les territoires via le Fonds d’équipement communal, Rabat prépare l’économie de demain.

Mais attention : ce positionnement n’est pas désintéressé. Le marché carbone, c’est une nouvelle source de revenus, mais aussi une dépendance potentielle. Si les prix s’effondrent ou si les mécanismes de compensation sont contestés, le Maroc pourrait se retrouver avec des actifs "verts" dévalorisés. Sans compter les risques de greenwashing, alors que les projets se multiplient sans toujours de garanties sur leur impact réel.

Pourtant, le pari est stratégique. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de transition énergétique accélérée, le Maroc joue la carte de l’anticipation. En se positionnant comme un hub régional pour les crédits carbone, il espère attirer des investissements et renforcer son influence en Afrique. Mais pour que cette stratégie porte ses fruits, il faudra plus que des annonces : une régulation stricte, une transparence totale, et une volonté politique sans faille.


Ce qu’il faut retenir

  1. L’autonomie saharienne n’est plus un débat, mais un test. Le Maroc doit prouver qu’il peut la mettre en œuvre sans fragiliser sa stabilité économique. Les tensions autour de Smara rappellent que le statu quo n’est pas une option.
  2. Les Douanes et la Trésorerie sont en première ligne. La réorganisation en cours montre que l’État cherche à reprendre le contrôle sur des flux financiers opaques. Une nécessité pour éviter les fuites de capitaux et renforcer la confiance des investisseurs.
  3. Le marché carbone est le nouveau terrain de jeu. Le Maroc mise sur l’or vert pour diversifier son économie et attirer des fonds. Mais ce pari comporte des risques : dépendance aux prix internationaux, accusations de greenwashing, et concurrence féroce.
  4. La souveraineté économique se joue sur trois fronts. Sahara, douanes, carbone : trois dossiers où le Maroc doit prouver qu’il est maître de son destin. Sans cohérence entre ces chantiers, les promesses resteront lettre morte.