Audiovisuel public, violences périscolaires, techno illégale : la République des angles morts

Scandales d’ingérence, enfants maltraités, raves sauvages sur des champs de mines : trois symptômes d’un État qui regarde ailleurs. Enquête sur les failles françaises.

Audiovisuel public, violences périscolaires, techno illégale : la République des angles morts
Photo de Rob Justamori sur Unsplash

La commission d’enquête qui enquête sur elle-même

Charles Alloncle, député LR et rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, est visé par une plainte pour "prise illégale d’intérêts". Le motif ? Avoir transmis des questions préparatoires à Lagardère News, propriété de Vincent Bolloré, avant les auditions. Une pratique qui, si elle était avérée, transformerait une commission censée contrôler les dérives médiatiques en courroie de transmission des intérêts privés.

Le Parquet national financier a ouvert une enquête samedi, après les révélations du Monde. Mais le vrai scandale n’est pas dans les coulisses : c’est l’impunité systémique qui permet à des groupes comme Lagardère d’influencer les institutions sous prétexte de "dialogue". Quand un député de la majorité présidentielle se fait le relais des questions d’un empire médiatique, on ne parle plus de conflit d’intérêts. On parle de hold-up démocratique.

Et le pire ? Personne ne semble surpris. La commission Alloncle était déjà un symbole de l’échec français à réguler son audiovisuel. Entre un service public asphyxié par les coupes budgétaires et des groupes privés qui dictent l’agenda politique, la France a choisi son camp : celui du clientélisme assumé.


Périscolaire : l’école parallèle où l’État abandonne ses enfants

Pourquoi a-t-il fallu attendre 2026 pour que les violences dans le périscolaire deviennent un sujet médiatique ? La réponse tient en un mot : invisibilisation. Ces structures, gérées par les communes mais souvent sous-traitées à des associations ou des entreprises privées, échappent aux radars de l’Éducation nationale. Résultat : des enfants livrés à des animateurs sous-payés, mal formés, et parfois violents.

Le podcast du Monde avec Eléa Pommiers révèle l’ampleur du problème. Dans certaines villes, les taux d’encadrement sont si bas que les accidents deviennent inévitables. À Marseille, où la rentrée 2024 avait déjà montré les limites d’un système à bout de souffle, les signalements pour maltraitance ont explosé. Pourtant, aucune statistique nationale n’existe. Comme si ces 3,5 millions d’enfants scolarisés en périscolaire n’intéressaient personne.

La solution ? Une inspection indépendante, des ratios stricts, et surtout, la fin du tabou. Parce qu’en France, on préfère parler de "laïcité" ou de "méritocratie" plutôt que de reconnaître que l’État a abandonné une partie de sa jeunesse dans des zones grises où les droits de l’enfant ne sont qu’une option.


Teknival dans un champ de mines : la France qui joue avec le feu

20 000 personnes, trois jours de rave sauvage, sur un terrain militaire où dorment encore des mines de la Seconde Guerre mondiale. Bienvenue dans le Cher, où l’État a perdu le contrôle.

Le reportage du Figaro est édifiant : malgré le durcissement des lois contre les teknivals, les organisateurs ont réussi à mobiliser des milliers de festivaliers, sous le nez des autorités. Les riverains, eux, assistent, médusés, à ce spectacle surréaliste : des jeunes qui dansent sur des explosifs, tandis que la gendarmerie se contente de compter les morts potentiels.

Ce n’est pas un cas isolé. Depuis des années, les raves illégales se multiplient, souvent sur des sites dangereux (anciennes carrières, zones industrielles abandonnées). La réponse de l’État ? Des amendes symboliques et des promesses de "coordination renforcée". En 2026, la France en est encore à négocier avec des collectifs qui défient ouvertement la loi.

Le vrai problème n’est pas la techno. C’est l’incapacité chronique des pouvoirs publics à faire respecter leurs propres règles. Entre la répression aveugle et l’abandon pur et simple, il existe pourtant une troisième voie : encadrer ces événements pour en finir avec l’hypocrisie. Mais pour cela, il faudrait admettre que la jeunesse française a besoin d’espaces de liberté – même bruyants, même désordonnés. Et ça, c’est visiblement trop demander.


Ce qu’il faut retenir

  1. L’audiovisuel public n’est plus un contre-pouvoir, mais un champ de bataille entre politiques et oligarques. La plainte contre Alloncle n’est pas une affaire isolée : c’est le symptôme d’un système où les médias et l’État se confondent. Quand Bolloré dicte les questions d’une commission parlementaire, la démocratie recule.
  2. Le périscolaire est le dernier angle mort de la protection de l’enfance. Des milliers d’enfants y sont exposés à des violences quotidiennes, sans que personne ne s’en émeuve. Parce que ces structures sont en dehors du champ de l’Éducation nationale, elles échappent à toute régulation sérieuse.
  3. Les raves illégales révèlent l’impuissance de l’État. Sur un terrain miné, avec 20 000 personnes, les autorités n’ont rien pu faire. Preuve que la répression ne suffit pas : il faut des alternatives légales, avant que la prochaine rave ne tourne au drame.

La France aime se présenter comme un modèle de République. Mais quand ses institutions ferment les yeux sur les conflits d’intérêts, abandonnent ses enfants et laissent des jeunes danser sur des bombes, on se demande : quel modèle, au juste ?