Audiovisuel public, gauche fracturée : les guerres de position ont commencé

Audiovisuel public, gauche fracturée : les guerres de position ont commencé
Photo: Denis Sebastian Tamas / Unsplash

Revue de presse du 9 avril 2026
Dernière mise à jour : 01:14

Soixante-sept auditions, quatre mois de bras de fer télévisé, et une question qui reste entière : que va-t-on faire de l'audiovisuel public français ? La commission d'enquête parlementaire s'est achevée ce mercredi 8 avril avec une dernière passe d'armes entre Delphine Ernotte et Charles Alloncle. Pendant ce temps, le Parti socialiste se fissure à bas bruit autour de 2027, et Renaud Muselier quitte le jeu régional pour tenter sa chance au Sénat. Trois signaux faibles d'une même réalité : la politique française ne gouverne plus, elle se positionne.

Alloncle ferme le rideau, le spectacle continue

La dernière audition de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public avait des allures de finale de saison. Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, convoquée pour la seconde fois, a ferraillé pied à pied face à un Charles Alloncle visiblement décidé à marquer les esprits. « Vous mélangez chiffre d'affaires et dotation publique », a-t-elle lancé, excédée par ce qu'elle perçoit comme une confusion entretenue.

Le député UDR, étiqueté ciottiste, dispose désormais d'une quinzaine de jours pour rédiger ses conclusions et formuler des propositions législatives. Le Figaro le décrit déjà comme une « pièce maîtresse du camp nationaliste » en cas d'alternance en 2027. La formule dit tout : cette commission n'a jamais été uniquement une question de télévision publique. Elle a servi de vitrine politique à une droite radicalisée qui a trouvé dans France Télévisions un adversaire idéal — suffisamment visible pour faire le buzz, suffisamment dépendant de l'État pour justifier un droit de regard.

Le chroniqueur Guillaume Tabard, au Figaro, tempère : « Il fallait donner un coup de pied dans la fourmilière. » Sans doute. Mais entre le diagnostic légitime sur la gouvernance de l'audiovisuel et l'instrumentalisation politique du sujet, la frontière s'est brouillée audition après audition. Le rapport Alloncle sera scruté non pas pour ses recommandations techniques, mais pour ce qu'il révélera des intentions du bloc nationaliste sur les médias publics. Un programme en creux pour 2027.

Au PS, la guerre froide devient tiède

L'autre front du jour se situe à gauche. Boris Vallaud, patron du groupe socialiste à l'Assemblée, sort du bois. Celui qu'on connaissait plutôt pour sa discrétion tactique s'oppose désormais frontalement à Olivier Faure, premier secrétaire du parti. L'enjeu : la présidentielle de 2027 et, plus précisément, la question qui empoisonne la gauche depuis cinq ans — faut-il un candidat commun avec La France insoumise, ou un candidat de gauche explicitement non-mélenchoniste ?

Vallaud plaide pour la seconde option. Faure, fidèle à sa ligne d'union large, refuse de fermer la porte à LFI. Le désaccord n'est pas nouveau, mais sa publicité, si. Que le chef de file parlementaire assume la fronde en plein jour signale un changement de phase. Le PS ne débat plus en coulisses. Il se fracture sous les yeux de tous.

Le timing n'est pas anodin. À moins de dix-huit mois de l'échéance présidentielle, chaque semaine qui passe sans candidat crédible à gauche profite à ceux qui en ont déjà un — Marine Le Pen, Jordan Bardella, ou quiconque saura occuper l'espace. La gauche française a une habitude tenace : elle préfère les guerres de congrès aux batailles électorales.

Muselier, le calcul régional

Dernier mouvement du jour : Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, se déclare candidat aux sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône. Il vise le siège de Brigitte Devésa, élue après le décès de Patrick Boré — un proche de Muselier. Le message est clair : l'ancien député reprend ce qu'il considère comme un héritage politique naturel.

L'homme précise qu'il quittera la présidence régionale en cas de victoire, mais conservera son mandat de conseiller. Un pied dedans, un pied dehors — la posture classique de l'élu qui ne veut rien lâcher tout en prétendant tourner la page. Pour la droite LR, déjà éclatée entre macronistes résiduels, ciottistes assumés et orphelins du sarkozysme, ce transfert vers le Sénat ressemble moins à une ambition qu'à un repli stratégique. Le Palais du Luxembourg comme refuge pour ceux qui ne trouvent plus leur place dans le tumulte de l'Assemblée.

Ce qu'il faut retenir

La journée du 8 avril dessine une carte politique française où personne ne gouverne mais tout le monde manœuvre. La droite nationaliste se construit une légitimité institutionnelle via la commission audiovisuel. La gauche socialiste se déchire sur un candidat qu'elle n'a pas. La droite classique cherche des points de chute sénatoriaux. Tous regardent 2027. Aucun ne regarde 2026.

Les conclusions du rapport Alloncle, attendues avant la fin du mois, donneront le prochain tempo. Elles méritent qu'on les lise de près — pas pour ce qu'elles diront de la télévision, mais pour ce qu'elles annonceront du projet politique qui se dessine à droite.