A$AP Rocky, Ademe et patrimoine : les nouveaux équilibres culturels et écologiques
Entre une masculinité repensée dans le rap, des coupes budgétaires controversées et un patrimoine européen menacé, les tensions entre culture et écologie s’accentuent.
Quand le rap redéfinit la masculinité
A$AP Rocky incarne une rupture dans l’univers du hip-hop. Le rappeur new-yorkais, star mondiale et compagnon de Rihanna, assume une posture qui défie les codes traditionnels de la virilité dans un milieu souvent marqué par l’homophobie et la misogynie. Ambassadeur pour Chanel, père investi et figure d’un dandysme noir assumé, il représente une génération d’artistes qui repensent les normes de genre. Son parcours, retracé par M Le magazine du Monde, interroge : cette évolution est-elle le signe d’un changement plus large, ou reste-t-elle l’exception dans un milieu encore très normé ?
La question dépasse le rap. Elle touche à la manière dont la culture populaire, souvent perçue comme un miroir des tensions sociales, peut aussi en être un levier de transformation. Si A$AP Rocky bouscule les attentes, c’est aussi parce que son public, jeune et connecté, est prêt à entendre d’autres récits. Reste à savoir si cette ouverture se limitera aux cercles branchés ou si elle infusera plus largement.
L’Ademe, victime collatérale des arbitrages budgétaires
L’Agence de la transition écologique (Ademe) est en première ligne des coupes budgétaires annoncées par le gouvernement. Selon Le Monde, son budget d’intervention pourrait être réduit de plus de 30 %, soit une amputation de 300 millions d’euros. Une décision d’autant plus paradoxale qu’elle intervient après un été marqué par des canicules records et une sécheresse persistante, rappelant l’urgence climatique.
Cette coupe interroge la cohérence des priorités gouvernementales. L’Ademe, souvent présentée comme un acteur clé de la transition, finance des projets locaux, accompagne les entreprises dans leur décarbonation et soutient l’innovation écologique. Sa réduction budgétaire envoie un signal contradictoire : alors que les discours politiques insistent sur l’urgence climatique, les moyens alloués à sa mise en œuvre se réduisent.
La droite, avec Édouard Philippe en première ligne, défend pourtant une vision libérale de l’écologie. Lors d’un récent discours dans le Maine-et-Loire, l’ancien Premier ministre a plaidé pour une « politique de sécurité climatique » ancrée dans l’économie de marché. Un positionnement qui, s’il séduit une partie de l’électorat, peine à convaincre face à l’ampleur des défis – et des restrictions budgétaires.
L’extrême droite allemande et la culture : un projet de démantèlement
En Allemagne, l’Alternative für Deutschland (AfD) ne cache plus ses ambitions en matière culturelle. Dans une chronique publiée par Le Monde, le journaliste Michel Guerrin alerte : le parti d’extrême droite entend « détruire la plus ambitieuse politique culturelle d’Europe ». Une stratégie qui passe par une redéfinition restrictive de la culture, fondée sur ce qu’elle ne doit plus être – critique, inclusive, subversive.
Le cas allemand n’est pas isolé. En Europe, les partis populistes et d’extrême droite gagnent du terrain en instrumentalisant les questions culturelles. Leur cible ? Les institutions perçues comme « élitistes », les artistes engagés, les politiques de diversité. En Saxe-Anhalt, Hans-Thomas Tillschneider, porte-parole culturel de l’AfD, incarne cette ligne : une culture réduite à un folklore nationaliste, dépouillée de sa dimension critique.
Pour les artistes et les défenseurs du pluralisme, le danger est double. D’abord, une normalisation de ces discours dans le débat public. Ensuite, un risque concret de désengagement de l’État, au nom d’une « priorité nationale » qui exclut toute vision ouverte et cosmopolite. Le succès électoral de l’AfD montre que cette rhétorique séduit : le pire, comme le souligne Guerrin, est que « les électeurs sont séduits ».
Patrimoine en hauteur : une invitation à repenser notre rapport au passé
Les Journées européennes du patrimoine, qui se tiennent ce week-end, offrent une occasion de redécouvrir des lieux souvent méconnus. Cette année, Le Monde met en avant des sites « perchés » – tours, belvédères, observatoires – qui invitent à porter un regard neuf sur l’histoire et l’architecture. Parmi eux, la Cité du design à Saint-Étienne, où une tour-observatoire domine la ville, ou encore des édifices moins médiatisés, mais tout aussi emblématiques.
Ces lieux ne sont pas de simples curiosités. Ils racontent une histoire plus large : celle d’une Europe où le patrimoine n’est plus seulement un vestige du passé, mais un outil pour penser l’avenir. Dans un contexte de tensions politiques et de crises écologiques, ces sites deviennent des symboles de résilience. Ils rappellent aussi que la culture, loin d’être un luxe, est un bien commun à préserver – et à réinventer.
Ce qu’il faut retenir
- Culture et normes sociales : A$AP Rocky incarne une masculinité repensée dans le rap, mais son cas reste marginal. La question est de savoir si cette évolution restera confidentielle ou si elle marquera un tournant plus large.
- Écologie et arbitrages budgétaires : La réduction du budget de l’Ademe, après un été climatique extrême, interroge la crédibilité des engagements écologiques du gouvernement. Une contradiction qui risque de peser dans le débat politique.
- L’extrême droite et la culture : En Allemagne, l’AfD assume un projet de démantèlement des politiques culturelles. Un modèle qui pourrait inspirer d’autres partis européens, avec des conséquences durables sur le pluralisme artistique.
- Patrimoine et transmission : Les Journées du patrimoine rappellent que ces lieux ne sont pas des reliques, mais des espaces vivants, où se croisent mémoire et innovation. Leur préservation devient un enjeu citoyen.