Artemis II, chimpanzés en guerre : ce que cache la science
Revue de presse du 10 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:29
Ce soir, au large des côtes californiennes, quatre astronautes vont encaisser l'équivalent d'un accident de voiture — à 40 000 km/h. Pendant ce temps, en Ouganda, une équipe de primatologues observe depuis trois décennies ce que les manuels qualifiaient de comportement exceptionnel chez les grands singes : une guerre civile. Et dans les archives de la botanique néerlandaise du XVIIe siècle, la recherche vient de confirmer une ironie cruelle — la fleur la plus admirée de l'histoire de la spéculation financière était, en réalité, une plante mourante. La science, cette semaine, ne manque pas de mordant.
Artemis II : survivre à la chute la plus rapide jamais tentée
C'est la nuit du vendredi 10 au samedi 11 avril. Le vaisseau Orion doit amerrir au large de la Californie après son survol de la Lune. Ce que les quatre membres d'équipage vont traverser pendant la rentrée atmosphérique est sans précédent : selon Futura-sciences, il s'agira de la rentrée la plus rapide jamais réalisée par des astronautes — 40 000 km/h au contact des premières couches de l'atmosphère.
La physique est impitoyable. À cette vitesse, l'air ne s'écarte pas, il se comprime devant le vaisseau et génère une chaleur extrême. Orion est conçu pour absorber ce choc — comme l'avaient été les capsules Apollo, sur une trajectoire similaire. Mais un demi-siècle plus tard, l'exploit reste vertigineux. L'ouverture des parachutes ne sera pas un soulagement paisible : selon Libération, les astronautes subiront des secousses violentes dans tous les sens, jusqu'au choc final de l'amerrissage, décrit comme comparable à un accident de voiture.
Artemis II, c'est la première fois depuis Apollo 17 en 1972 que des humains s'aventurent au-delà de l'orbite terrestre basse. Le survol lunaire a eu lieu dans la nuit du 6 au 7 avril. La mission ne prévoyait pas d'alunissage — c'était un vol de validation de la capsule Orion et de ses systèmes de survie avant les missions habitées suivantes, dont Artemis III qui prévoit un atterrissage sur la Lune. Le retour de ce soir est donc le moment le plus critique de toute la mission : si Orion tient, le programme lunaire américain franchit une étape décisive.
En Ouganda, des chimpanzés en guerre civile — et ce que ça dit de nous
La région de Kibale, en Ouganda. Depuis plus de trente ans, des chercheurs suivent un groupe de chimpanzés avec une précision quasi-ethnographique. Ce qu'ils ont observé — et que Le Figaro rapporte — dépasse les modèles comportementaux habituels : une rupture interne au groupe a engendré une violence rare, qualifiée de "guerre civile", entre deux factions baptisées "Western" et "Central".
En 2019, des membres d'une faction ont attaqué et tué un mâle adulte avec lequel ils avaient pourtant vécu. Le tout sous les yeux des scientifiques qui documentent la vie de ce groupe depuis sa formation. Ce type de violence intra-groupe reste exceptionnel chez les chimpanzés — nos plus proches cousins génétiques, à 98,7 % d'ADN partagé.
Ce qui rend l'observation troublante, c'est précisément sa rareté. Les chimpanzés pratiquent des raids entre groupes distincts, mais la guerre civile — la violence entre individus qui se connaissent, ont partagé territoire et hiérarchie — est un phénomène que la primatologie peine encore à modéliser. Pourquoi un groupe se fracture-t-il ? Compétition pour les ressources, recomposition des alliances, montée en puissance d'individus rivaux ? Les chercheurs de Kibale continuent d'analyser les données accumulées sur trois décennies. Ce que leurs observations suggèrent, c'est que la violence collective organisée n'est pas un attribut exclusivement humain — et que ses déclencheurs, chez les primates, ressemblent dangereusement aux nôtres.
La tulipe marbrée, chef-d'œuvre d'un pathogène
L'histoire est connue dans ses grandes lignes : aux Pays-Bas, au XVIIe siècle, la spéculation sur les bulbes de tulipes rares a atteint des sommets absurdes avant de s'effondrer. Ce qu'on savait moins, c'est pourquoi certaines tulipes présentaient ces motifs marbrés extraordinaires — flammes colorées, panaches, zébrures — qui en faisaient les pièces les plus convoitées du marché.
Selon Le Monde, la réponse est virale. Ces motifs résultaient d'une infection par un virus qui perturbait la distribution des pigments dans les pétales. La "Semper Augustus", la tulipe la plus chère de toute la tulipomania, était en réalité une plante malade. Le virus, en modifiant l'expression des gènes de pigmentation, créait involontairement une œuvre d'art — tout en condamnant la plante à long terme. Les bulbes infectés se reproduisaient moins bien, dégénéraient progressivement.
Ce paradoxe — la beauté comme symptôme — dit quelque chose de la relation humaine à la nature. On a spéculé des fortunes sur une fleur en train de mourir, sans le savoir. Ou peut-être en s'en moquant. L'histoire de la tulipomania est souvent citée comme premier exemple documenté de bulle spéculative. Elle est aussi, désormais, un cas d'école en virologie végétale.
Ce qu'il faut retenir : la science de cette semaine parle d'extrêmes — la vitesse, la violence, la beauté trompeuse. Artemis II rentre ce soir avec des données critiques sur la faisabilité humaine du voyage lunaire. Les chimpanzés de Kibale posent des questions inconfortables sur l'origine de nos propres conflits. Et la tulipe marbrée rappelle que ce qu'on admire cache parfois ce qu'on refuse de voir.