Artemis II, Nutri-Score, assiettes genrées : la science bouscule nos certitudes

Artemis II, Nutri-Score, assiettes genrées : la science bouscule nos certitudes
Photo de Annie Spratt sur Unsplash

Revue de presse du 9 avril 2026
Dernière mise à jour : 13:59

Quatre astronautes viennent de frôler la Lune. Sur Terre, des parlementaires veulent imposer un logo sur les paquets de céréales. Et des archéologues découvrent que les femmes mangent moins bien que les hommes depuis dix millénaires. Points communs de ces trois histoires : elles racontent ce que la science fait quand elle regarde — vraiment — ce qui nous entoure.

Artemis II : l'humanité retrouve la Lune

C'est le retour le plus attendu depuis Apollo 17, en décembre 1972. Les astronautes d'Artemis II ont survolé la Lune, battu un record de distance humaine dans l'espace, et ramené des observations que la NASA qualifie d'« inédites pour l'œil humain ». Depuis le vaisseau Orion, l'équipage a photographié un coucher de Terre — image saisissante qui rappelle la fragilité de notre point bleu — et assisté en direct à des impacts de météorites sur la surface lunaire. Des flashs lumineux visibles à l'œil nu, un phénomène rarissime qui pourrait transformer notre compréhension de la fréquence des collisions.

La mission n'est pas qu'un exploit symbolique. Elle prépare le terrain pour un alunissage habité d'ici 2028, premier pas vers une présence durable sur notre satellite. Pour la France, partenaire de l'ESA et contributrice au programme Artemis, l'enjeu est aussi industriel : chaque mission validée ouvre des contrats pour les entreprises européennes du spatial.

Mais l'image la plus forte reste peut-être celle de ces quatre humains, suspendus entre la Terre et la Lune, regardant notre planète disparaître derrière un horizon gris. Cinquante-trois ans après les derniers marcheurs lunaires, la page se rouvre.

Nutri-Score : la bataille de l'étiquette obligatoire

Retour sur le plancher des vaches. À l'Assemblée nationale, une proposition de loi transpartisane veut rendre l'affichage du Nutri-Score obligatoire sur tous les produits alimentaires — à l'exception de ceux protégés par une AOP ou une IGP. Le texte fait suite au rejet d'une initiative similaire par le Sénat en novembre 2025. Le sujet revient, parce qu'il ne part jamais vraiment.

Le timing n'est pas anodin. Le même jour, le gouvernement a publié sa nouvelle feuille de route sur l'alimentation et la santé. Un document qui affiche l'ambition d'agir « à un niveau plus collectif » mais qui, de l'aveu des observateurs, manque de mesures contraignantes. En parallèle, le remboursement du dépistage de l'exposition au cadmium — un métal lourd présent dans certains aliments — se rapproche, après un accord entre biologistes médicaux et Assurance maladie.

Le Nutri-Score cristallise un débat plus large : jusqu'où l'État doit-il aller pour orienter nos choix alimentaires ? Ses défenseurs rappellent son efficacité prouvée sur les comportements d'achat. Ses opposants — souvent issus des filières fromagères et charcutières — dénoncent un système réducteur qui pénalise des produits traditionnels. La proposition exclut d'ailleurs les AOP et IGP, concession politique qui dit tout de la pression des lobbies du terroir.

Le fond du problème reste inchangé : la France est le pays de la gastronomie, mais aussi celui où l'obésité progresse et où les maladies chroniques liées à l'alimentation pèsent des milliards sur les comptes de la Sécu. Rendre le Nutri-Score obligatoire ne résoudra pas l'équation. Mais refuser de le faire, c'est choisir l'opacité.

Dix mille ans d'inégalités dans l'assiette

La découverte la plus troublante de la semaine vient de l'archéologie. Des chercheurs ont analysé des restes humains sur dix millénaires en Europe et mis en évidence un schéma constant : les femmes ont systématiquement consommé moins de protéines animales que les hommes. Pas sur une période, pas dans une région — partout, tout le temps.

Ce n'est pas une question de biologie. C'est un fait culturel, inscrit dans les os mêmes de nos ancêtres. Depuis le Néolithique, l'accès à la viande — ressource la plus valorisée dans la plupart des sociétés anciennes — obéit à une hiérarchie de genre. Les hommes mangent d'abord. Les femmes mangent ce qui reste.

Cette recherche éclaire d'une lumière crue les débats actuels sur les inégalités structurelles. Elle rappelle que la domination ne s'exerce pas seulement dans les institutions ou le droit, mais jusque dans le partage du repas. Et que certains déséquilibres sont si anciens qu'ils en deviennent invisibles — précisément la condition pour qu'ils perdurent.

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De la Lune à nos assiettes, la science de cette semaine dessine un même fil : ce que nous voyons dépend de ce que nous acceptons de regarder. Les astronautes d'Artemis ont vu des impacts que personne n'avait observés. Les archéologues ont trouvé une inégalité que personne ne cherchait. Et le Nutri-Score pose une question simple : veut-on savoir ce qu'on mange, oui ou non ?