Arte, Mélenchon, Nothomb : les fronts culture et écologie qui font débat

Entre un documentaire choc sur le climatoscepticisme des élites, la proposition d’écorégions de Mélenchon et le nouveau roman d’Amélie Nothomb, trois sujets culturels et écologiques divisent ou interrogent en cette rentrée.

Arte, Mélenchon, Nothomb : les fronts culture et écologie qui font débat
Photo de Anil Baki Durmus sur Unsplash

Un documentaire Arte révèle l’aveuglement des élites face au climat

C’est un titre qui claque comme un manifeste : « Fuck la planète ». Diffusé ce mardi 8 septembre sur Arte, ce documentaire en trois épisodes retrace, archives à l’appui, comment les sociétés occidentales ont sciemment ignoré les alertes scientifiques sur le réchauffement climatique depuis les années 1950. Le film, réalisé par des journalistes d’investigation, s’appuie sur des documents internes de lobbies industriels, des comptes-rendus de réunions gouvernementales et des interviews d’anciens décideurs. Il montre comment, malgré des preuves accablantes sur l’impact des émissions de CO₂, les choix économiques et politiques ont systématiquement privilégié la croissance à court terme.

Le documentaire met en lumière des moments clés, comme la conférence de Villach en 1985, où scientifiques et politiques avaient pourtant acté l’urgence climatique. « Les archives révèlent une forme de schizophrénie collective : on savait, mais on a choisi de ne pas agir », résume un historien interrogé dans le film. Arte, qui diffuse ce travail en prime time, assume un ton volontairement provocateur, avec des images d’archives montées en contraste saisissant – entre discours alarmistes des scientifiques et sourires complices des dirigeants industriels.

Ce documentaire s’inscrit dans un contexte où la question climatique, après un été 2026 marqué par des records de chaleur en Europe, redevient un sujet de tension politique. Il interroge : comment expliquer que, malgré des décennies de données scientifiques, les actions concrètes restent en deçà des engagements ? « Fuck la planète » ne se contente pas de pointer du doigt : il propose une lecture historique des mécanismes de déni, entre pressions économiques, inertie bureaucratique et culture du profit immédiat.


Mélenchon relance le débat sur les écorégions

Jean-Luc Mélenchon a remis sur la table une proposition jusqu’ici restée dans l’ombre : remplacer les régions administratives françaises par des « écorégions », organisées autour des bassins hydrographiques et des spécificités géographiques locales. L’idée, inspirée du biorégionalisme – un courant écologiste des années 1970 – vise à aligner les découpages territoriaux sur les réalités écologiques plutôt que sur des héritages historiques ou politiques.

Lors d’un meeting à Saint-Denis début juin, le leader de La France insoumise a précisé que ces écorégions seraient chargées de la « planification écologique », avec des compétences élargies en matière de gestion de l’eau, d’aménagement du territoire et de transition énergétique. « Aujourd’hui, nos régions sont des coquilles vides, sans lien avec les défis climatiques. Il faut repenser la France à partir de ses fleuves, de ses montagnes, de ses forêts », a-t-il déclaré.

La proposition, déjà évoquée lors de la campagne présidentielle de 2022, avait alors été accueillie avec scepticisme, voire moquerie. « On ne gomme pas mille ans d’histoire administrative d’un trait de plume », avait réagi un élu LR. Pourtant, en 2026, dans un contexte de tensions accrues sur la gestion de l’eau (sécheresses répétées, conflits d’usage entre agriculture et industries) et de montée des revendications locales pour une autonomie écologique, l’idée gagne en crédibilité.

Les contours précis de ces écorégions restent flous. Mélenchon évoque une « carte en cours d’élaboration », sans préciser si elle s’appuierait sur les bassins versants actuels (comme ceux gérés par les agences de l’eau) ou sur des critères plus larges. Certains experts soulignent les risques d’un tel redécoupage : complexification administrative, conflits de compétences entre territoires, ou encore marginalisation des zones rurales déjà en déclin démographique.

Pourtant, l’idée fait écho à des expérimentations menées ailleurs en Europe, comme en Espagne avec les « comunidades autónomas » ou en Allemagne avec les « Länder » dotés de pouvoirs étendus en matière environnementale. En France, où la décentralisation reste un sujet clivant, la proposition de Mélenchon pourrait bien relancer le débat sur la gouvernance écologique – à condition de convaincre au-delà de son électorat traditionnel.


Amélie Nothomb : un nouveau roman sur l’adolescence et ses paradoxes

« L’adolescence du perroquet » : c’est le titre du nouveau roman d’Amélie Nothomb, publié ce 8 septembre chez Albin Michel. Dans un entretien accordé à Franceinfo, l’écrivaine belge, connue pour son style incisif et ses personnages en marge, évoque la difficulté de se regarder avec lucidité. « Mon regard sur moi-même reste très difficile. Je suis comme tout le monde : on se ment à soi-même pour survivre », confie-t-elle.

Le roman, dont l’intrigue reste secrète, s’inscrit dans la veine habituelle de Nothomb : une plongée dans les méandres de la psyché humaine, avec une touche d’absurde et de cruauté. Comme dans « Stupeur et Tremblements » ou « Hygiène de l’assassin », l’autrice explore les rapports de pouvoir, les masques sociaux et la quête d’identité. « L’adolescence est un âge où l’on se construit en niant ce que l’on est. Le perroquet, c’est cette capacité à répéter sans comprendre, à imiter sans exister », explique-t-elle.

Nothomb, qui publie un livre par an depuis plus de trois décennies, reste une figure à part dans le paysage littéraire français. Son œuvre, traduite dans le monde entier, fascine autant qu’elle divise. Certains y voient une exploration géniale de la solitude et de l’ego ; d’autres critiquent un style jugé répétitif ou narcissique. « Elle écrit comme on se regarde dans un miroir brisé : chaque fragment révèle une vérité, mais jamais la totalité », analyse un critique du Monde des livres.

Avec « L’adolescence du perroquet », Nothomb confirme son statut d’autrice incontournable de la rentrée littéraire – même si, comme elle le dit elle-même, « la littérature n’est pas une compétition, mais une nécessité ».


Ce qu’il faut retenir

Trois sujets, trois angles pour comprendre les tensions qui traversent la culture et l’écologie en cette rentrée 2026.

  1. Le climatoscepticisme des élites sous les projecteurs : Le documentaire d’Arte « Fuck la planète » rappelle que le déni climatique n’est pas l’apanage des extrêmes, mais bien une stratégie historique des puissants. À l’heure où les effets du réchauffement se font sentir avec une intensité inédite, ce film interroge notre capacité collective à tirer les leçons du passé.
  2. Une proposition écologiste qui divise : Les écorégions de Mélenchon, longtemps reléguées au rang de lubie, resurgissent dans un contexte de crise hydrique et de défiance envers les institutions. Si le projet reste flou, il relance un débat essentiel : comment repenser l’organisation territoriale pour répondre aux défis écologiques ?
  3. Nothomb, toujours Nothomb : Avec « L’adolescence du perroquet », l’écrivaine confirme son talent pour disséquer les failles humaines. Un roman qui, comme à son habitude, promet d’être à la fois dérangeant et jubilatoire.

Dans un paysage médiatique saturé de polémiques éphémères, ces trois sujets offrent une matière à réflexion durable – entre mémoire climatique, gouvernance écologique et introspection littéraire.