AMO, diplomatie et Algérie : un vendredi chargé pour le Maroc
Revue de presse du 10 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:17
Le Maroc soigne son agenda externe pendant qu'il ausculte ses failles internes. Ce vendredi, le Conseil économique, social et environnemental met le doigt sur une plaie structurelle : l'accès aux soins reste conditionné à la capacité de payer. Pendant ce temps, Rabat enchaîne les coups diplomatiques avec une assurance qui finit par ressembler à une stratégie assumée. Et à Alger, un pape attendu la semaine prochaine fait l'objet d'une pression inédite de la part d'ONG internationales. Tout un programme.
Santé pour tous : que demande le CESE sur l'AMO ?
Le Conseil économique, social et environnemental a rendu un avis sur le projet de loi 54.23 relatif à l'assurance-maladie obligatoire. L'institution ne fait pas dans la demi-mesure.
Sa cible principale : les "droits fermés". Ce mécanisme qui prive un assuré de toute couverture médicale dès lors qu'il n'a pas réglé ses cotisations. Pour le CESE, c'est une aberration : le droit à la santé ne peut pas être suspendu à une situation financière immédiate. L'universalité de l'AMO ne peut rester une formule de tribune — elle doit se traduire par une couverture réelle, sans zones grises ni exclusions administratives.
Deuxième front : les médicaments. Le Conseil identifie la "facture du médicament" comme levier stratégique et réclame une révision périodique des prix ainsi qu'une promotion plus agressive des génériques. Sans cette régulation, la généralisation de la couverture médicale risque de rester une chimère fiscale : on couvre tout le monde sur le papier, on rembourse ce qu'on peut en pratique.
Ce qui frappe dans cet avis, c'est la tonalité rupturiste. Le CESE ne propose pas des ajustements à la marge : il interpelle le législateur sur un principe fondamental. La santé n'est pas un service marchand comme les autres. Reste à savoir si le texte de loi suivra — ou si la recommandation rejoindra l'épaisse pile des intentions bien formulées restées lettre morte. Le Maroc a le talent de voter de bonnes lois. La mise en œuvre est une autre affaire.
Comment Rabat est devenu incontournable en une semaine ?
La 5e session du Comité parlementaire mixte Maroc-Wallonie-Bruxelles s'est tenue jeudi à Rabat. Le même jour, ou presque, le président du Parlement du Mercosur, Rodrigo Gamarra, décrivait le Maroc comme un "pont vers le monde arabe et l'Afrique" après des échanges qualifiés de "très fructueux" avec le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita. À Madrid, son homologue espagnol José Manuel Albares affirmait que les relations bilatérales avaient atteint leurs "niveaux historiques les plus élevés" — expression qu'il a répétée comme un leitmotiv, ajoutant le qualificatif d'"exemplaire" pour faire bonne mesure.
Cette accumulation n'est pas anodine. En quelques jours, le Maroc s'est vu reconnaître un rôle de pivot stratégique par l'Amérique du Sud, l'Europe du Nord et l'Europe du Sud. Ajoutez-y la dimension saharienne : le Parlasur, par la voix de Gamarra — lui-même député paraguayen — a réaffirmé son soutien à la résolution onusienne qui appuie la souveraineté marocaine sur le Sahara. La diplomatie multilatérale produit ses dividendes, discrètement mais régulièrement.
Un chiffre donne la mesure de cet ancrage humain : la communauté marocaine en Belgique est décrite comme "la plus grande du monde par rapport à l'espace géographique dans lequel elle vit". Dans les coulisses des relations parlementaires bilatérales, cette réalité démographique pèse plus qu'il n'y paraît. Les Marocains de Belgique ne sont pas seulement une diaspora — ils sont devenus un argument diplomatique à part entière.
Algérie : pourquoi des ONG veulent que le pape parle vrai ?
À quelques jours de la visite du pape Léon XIV en Algérie — du 13 au 15 avril — Human Rights Watch, EuroMed Rights et le MENA Rights Group ont adressé une lettre ouverte au chef de l'Église catholique. Le message est direct : n'en faites pas une visite protocolaire de plus.
Les trois organisations dressent un tableau sévère des libertés publiques algériennes. Les communautés protestantes et les fidèles ahmadis font face, selon elles, à des obstacles administratifs persistants et à des poursuites judiciaires. Des lieux de culte auraient été fermés. Le climat intérieur se durcit progressivement, et la diplomatie internationale — vaticane comme européenne — a jusqu'ici maintenu un silence jugé trop complaisant.
Ce que ces ONG demandent au pape n'est pas anodin : confronter directement les autorités algériennes à leurs engagements internationaux. Pas de condamnation publique, pas de déclaration fracassante — simplement ne pas esquiver. C'est précisément ce genre de pression, mesurée mais ferme, qui met Alger dans une position inconfortable à la veille d'une visite qu'elle souhaitait sans doute plus apaisée.
Pour le lecteur marocain, la séquence parle d'elle-même. Le contraste entre la trajectoire diplomatique marocaine — ouverte, tournée vers les partenariats, croissante — et les crispations internes que pointent des organisations de référence internationale est saisissant. Ce n'est pas un jugement éditorial : c'est l'actualité telle qu'elle se présente.
Cannes 2026 : pourquoi la sélection officielle tourne le dos aux studios ?
La 79e édition du Festival de Cannes, du 12 au 23 mai, vient de dévoiler ses 21 films en compétition pour la Palme d'Or. Onze d'entre eux sont signés par des cinéastes qui font leur première entrée dans la sélection officielle. Thierry Frémaux, délégué général, y voit la preuve qu'il existe "un cinéma indépendant, un cinéma ailleurs qu'à Los Angeles" qui continue de tenir debout.
Les habitués sont là : Pedro Almodovar pour une septième apparition en compétition, Hirokazu Kore-eda et Cristian Mungiu qui briguent chacun une deuxième Palme. Pas le moindre blockbuster dans la liste — c'est délibéré. L'an dernier, l'Iranien Jafar Panahi avait remporté la Palme avec Un simple accident. Un film de prison, tourné dans le secret, par un réalisateur assigné à résidence. Difficile de faire plus éloigné de Los Angeles.
Ce refus du cinéma de studio n'est pas qu'une posture esthétique. Dans un monde où les plateformes absorbent tout et où les salles peinent à survivre, Cannes continue d'affirmer qu'il existe un espace pour un cinéma qui prend des risques. Le Maroc, dont le cinéma monte régulièrement en puissance sur la scène africaine et méditerranéenne, a tout intérêt à suivre cette sélection de près. La Croisette reste l'un des rares endroits où la géographie du monde compte plus que le budget de production.
Ailleurs dans le monde : à Budapest, les élections législatives du 12 avril se jouent sous le regard attentif de Moscou. Viktor Orbán reste, selon le Courrier international, "un allié trop utile pour être perdu" aux yeux du Kremlin. Et en Méditerranée orientale, Benjamin Nétanyahou a annoncé jeudi l'ouverture de négociations directes avec le Liban — sans cessez-le-feu préalable, sous pression américaine. Le monde ne s'arrête pas. Il accélère.