Agriculteurs et périscolaire : l'État hors-sol sur deux crises
Revue de presse du 10 avril 2026
Dernière mise à jour : 00:49
Jeudi 9 avril. Poutine parle de trêve, le Kremlin pontifie, les chaînes d'info tournent en boucle. Et pendant ce temps, deux France parallèles envoient leurs propres signaux de détresse — moins photogéniques, moins géopolitiques, mais tout aussi urgents. Deux dossiers que personne ne veut vraiment regarder en face. Deux réponses institutionnelles jugées à la hauteur de... l'occasion.
Agriculteurs : l'État arrive avec un pansement
Le gouvernement a annoncé ce jeudi une mesure de soutien pour les agriculteurs les plus en difficulté : une prise en charge partielle de leurs cotisations sociales. Derrière ce jargon administratif, une réalité : les coûts explosent. Carburant, engrais, charges — tous aggravés par les tensions en cours au Moyen-Orient. Le monde agricole suffoque, et l'exécutif répond avec une ligne budgétaire.
La FNSEA a répondu sans attendre. En un mot : non merci. «Largement insuffisantes», dit le syndicat, sans ménagement. Ce n'est pas un caprice corporatiste. C'est le constat d'un secteur qui compte ses marges à la semaine.
Le problème agricole français n'est pas une question de cotisations. C'est une structure de marché qui écrase les producteurs — grandes surfaces d'un côté, concurrence européenne déloyale de l'autre. C'est une chaîne de distribution qui capte la valeur avant qu'elle n'atteigne la ferme. C'est une politique agricole commune qui promet beaucoup et délivre des formulaires. Débloquer quelques lignes budgétaires pour les plus en difficulté, c'est soigner la fièvre sans chercher l'infection.
L'exécutif peut cocher la case «soutien aux agriculteurs» avant les prochaines élections. La FNSEA peut sortir mécontente de la réunion et le dire à la presse. Et les agriculteurs, eux, continuent de calculer s'ils passeront l'année.
Périscolaire à Paris : les parents font ce que la mairie ne fait pas
L'autre urgence n'est pas agricole. Elle est urbaine, familiale, et elle sent le scandale dissimulé sous les formulaires d'inscription périscolaires.
À Paris, le nombre de plaintes pour violences sexuelles commises par des animateurs dans des structures d'accueil du soir — écoles maternelles, garderies périscolaires — ne cesse d'augmenter, selon les témoignages recueillis par Le Figaro. Face à cette réalité, une partie des familles parisiennes a décidé de ne pas attendre les solutions institutionnelles. Elles s'organisent entre elles : réseaux de parents, gardes partagées, associations locales. Elles retirent leurs enfants du système.
«La mairie abandonne nos enfants», résume l'un de ces parents dans une formule qui dit tout sans en dire trop.
Ce n'est pas une collection de faits divers isolés. C'est la question du contrôle réel — de la formation des personnels, de leur suivi, des procédures de signalement — dans des structures que la mairie finance mais que personne ne surveille avec l'attention que le sujet exige. Des enfants de trois, quatre, cinq ans. Le public le plus vulnérable qui soit.
La réponse institutionnelle viendra. Probablement une commission, peut-être un rapport, éventuellement une refonte des procédures de recrutement — dans quelques mois, voire quelques années. Pendant ce temps, des parents créent des groupes WhatsApp et bricolent des solutions que la puissance publique devrait leur épargner.
Ce n'est pas une anecdote parisienne. C'est le signe d'une rupture de confiance envers des services publics qui n'assurent plus leur mission première : protéger ceux qui ne peuvent pas se protéger seuls. Une rupture silencieuse, qui n'occupe pas les unes, mais qui s'installe durablement dans les esprits.
Art Paris 2026 : l'optimisme comme acte de résistance
Le Grand Palais est plein. Cent soixante-cinq galeries françaises et internationales, jusqu'à dimanche soir, sous la nef monumentale où l'art côtoie le marché sans complexe. La 28e édition d'Art Paris a ouvert ses portes cette semaine — et le mot qui revient dans les comptes rendus est, paradoxalement, «optimisme».
Le Figaro titre lui-même «un peu d'optimisme dans un monde noir». On ne peut pas dire que l'ironie lui échappe. Art Paris ouvre pendant que la Bourse tremble, que les agriculteurs expriment leur mécontentement, et que des parents parisiens font des groupes de messagerie pour garder leurs gosses en sécurité.
Mais c'est peut-être exactement ça, la fonction de la culture dans les périodes de turbulence : proposer un espace où les contradictions peuvent coexister sans se résoudre. Les toiles de Marjane Satrapi — l'autrice de Persepolis, désormais peintre exposée sous la verrière haussmannienne — ne font pas oublier le monde. Elles le regardent avec d'autres yeux. L'artiste chilienne Sandra Vásquez de la Horra, dont la rétrospective court jusqu'en mai à Munich, impose à Paris une approche expressionniste et fantastique du réel qui dit, à sa manière, que résister est une forme d'art.
Le marché reste prudent. Les galeristes attendent les chiffres de vente pour clore le bilan. Mais l'affluence, elle, est là. Des visiteurs qui viennent chercher autre chose que de l'information — de la respiration, peut-être. Du sens dans la matière et la couleur.
Ce que le 9 avril dit vraiment
Trois images pour finir cette journée : un syndicat agricole qui dit non merci à l'État, des parents qui font le travail que la mairie ne fait pas, et des amateurs d'art qui résistent à la morosité sous une verrière du XVIe arrondissement.
Ce n'est pas le récit des grands affrontements géopolitiques. Pas de discours aux Nations unies, pas de sommet diplomatique. Mais ces trois signaux, mis bout à bout, dessinent une France où l'État arrive souvent trop tard, souvent trop peu, et où la société civile finit par s'organiser sans lui — par nécessité, pas par idéologie.
La question n'est pas de savoir si le gouvernement fait des efforts. Il en fait. La question est de savoir si ces efforts arrivent au bon endroit, au bon moment, avec la bonne ambition. Pour l'instant, la FNSEA et les parents parisiens ont exactement la même réponse.