Afrique : fonds souverains, médiation sénégalaise et tensions constitutionnelles
Le Botswana, le Sénégal et le Rwanda se distinguent par leurs fonds souverains performants. En Guinée-Bissau, Dakar mène une médiation régionale, tandis que le Togo fait face à une contestation constitutionnelle.
Le continent africain connaît cette semaine des développements géopolitiques contrastés, où se mêlent avancées économiques, diplomatie régionale et tensions institutionnelles. Entre la consolidation de modèles financiers souverains, les efforts de médiation sous l’égide de la Cédéao et les contestations politiques au Togo, les équilibres régionaux restent fragiles, mais porteurs d’enseignements pour le Maroc et ses partenaires.
Les fonds souverains africains : trois modèles qui inspirent
L’Afrique compte désormais des fonds souverains qui sortent du lot, selon une analyse publiée par Jeune Afrique. Le Pula Fund du Botswana, le Fonsis sénégalais et l’Agaciro rwandais se distinguent par leur gestion rigoureuse et leur impact économique. Ces structures, souvent perçues comme des outils de stabilisation macroéconomique, jouent un rôle croissant dans le financement des infrastructures et des secteurs stratégiques.
Le Botswana, riche en diamants, a bâti son fonds sur les revenus miniers, avec une approche prudente et transparente. Le Sénégal, lui, mise sur un modèle hybride, combinant ressources naturelles et partenariats privés pour financer des projets industriels et énergétiques. Quant au Rwanda, son fonds Agaciro, alimenté par des contributions volontaires des citoyens et des entreprises, incarne une forme de souveraineté financière participative.
Ces exemples interrogent le Maroc, dont le fonds souverain, créé en 2023, peine encore à trouver sa place dans le paysage économique national. Contrairement à ses homologues africains, il n’a pas encore défini de stratégie sectorielle claire, ni de mécanisme de financement pérenne. Une situation qui pourrait évoluer avec l’accélération des grands projets énergétiques, comme le gazoduc Maroc-Nigeria, dont la signature est attendue avant la fin de l’année.
Guinée-Bissau : le Sénégal en première ligne de la médiation régionale
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a confié au Sénégal la mission de médiation en Guinée-Bissau, où les tensions politiques persistent depuis le coup d’État de 2022. Cheikh Niang, ministre sénégalais des Affaires étrangères, s’est rendu à Bissau début août pour présenter au général Horta N’Tam, président de la transition, un plan de sortie de crise. Ce déplacement marque la première étape concrète de la médiation décidée lors du sommet de la Cédéao à Freetown en juillet.
Le choix du Sénégal n’est pas anodin. Dakar entretient des relations historiques avec la Guinée-Bissau, où il a déjà joué un rôle de facilitateur lors de précédentes crises. Mais les défis sont nombreux : le pays reste marqué par une instabilité chronique, des divisions au sein de l’armée et une économie exsangue. La Cédéao, déjà fragilisée par les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, mise sur cette médiation pour éviter une nouvelle déstabilisation en Afrique de l’Ouest.
Pour le Maroc, cette dynamique régionale est à suivre de près. Rabat a renforcé ses liens avec plusieurs pays de la Cédéao, notamment à travers des accords économiques et sécuritaires. Une Guinée-Bissau stabilisée pourrait ouvrir de nouvelles opportunités de coopération, notamment dans les secteurs de l’agriculture et des énergies renouvelables, où le Maroc dispose d’une expertise reconnue.
Togo : une Constitution contestée, une région sous tension
La contestation de la Constitution togolaise, adoptée en 2024 sous l’impulsion du président Faure Gnassingbé, prend une dimension régionale. Quarante-trois organisations de la société civile africaine ont saisi la Cédéao et l’Union africaine (UA) pour demander des sanctions contre Lomé, accusant le pouvoir d’avoir imposé une réforme taillée sur mesure pour prolonger son emprise.
La nouvelle Constitution instaure un régime parlementaire, où le président, élu par le Parlement, voit ses pouvoirs réduits au profit d’un Premier ministre issu de la majorité. Ses détracteurs y voient une manœuvre pour permettre à Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, de conserver une influence en coulisses. Le texte a été adopté dans un contexte de tensions, avec des manifestations réprimées et une opposition muselée.
Cette crise intervient dans un contexte régional déjà marqué par les coups d’État et les transitions militaires. La Cédéao, qui a suspendu le Mali, le Burkina Faso et le Niger après les putschs, se retrouve une nouvelle fois face à un dilemme : comment concilier respect des principes démocratiques et stabilité régionale ? Pour l’UA, la question est tout aussi épineuse, alors que plusieurs pays africains traversent des périodes de turbulence institutionnelle.
Le Maroc, qui entretient des relations cordiales avec le Togo, pourrait être amené à jouer un rôle discret dans cette crise. Rabat a toujours privilégié le dialogue et la coopération économique, comme en témoignent ses partenariats avec plusieurs pays de la région. Une approche qui contraste avec les sanctions prônées par certaines organisations de la société civile.
Ce qu’il faut retenir
- Des fonds souverains performants : Le Botswana, le Sénégal et le Rwanda montrent que l’Afrique peut développer des outils financiers souverains efficaces. Le Maroc, dont le fonds peine encore à s’affirmer, pourrait s’inspirer de ces modèles pour structurer ses investissements stratégiques.
- Le Sénégal, médiateur clé : La mission de Cheikh Niang en Guinée-Bissau illustre le rôle croissant de Dakar dans la résolution des crises ouest-africaines. Une dynamique qui pourrait bénéficier au Maroc, en quête de partenaires stables dans la région.
- Le Togo sous pression : La contestation de la Constitution togolaise rappelle les fragilités institutionnelles de plusieurs pays africains. La réponse de la Cédéao et de l’UA sera scrutée, alors que la région reste sous tension.
- Une géopolitique en mouvement : Entre fonds souverains, médiations et crises constitutionnelles, l’Afrique de l’Ouest reste un espace où se jouent des équilibres complexes. Le Maroc, acteur économique et diplomatique majeur, devra naviguer avec prudence dans ce paysage en mutation.