Afrique, écologie et développement : le chantage des énergies fossiles

À Santa Marta, l’Afrique refuse de sacrifier son développement sur l’autel de la transition écologique. Entre chantage pétrolier et justice climatique, qui paiera la facture ?

Afrique, écologie et développement : le chantage des énergies fossiles
Photo de Philip Strong sur Unsplash

L’Afrique face au piège écologique : payer pour les crimes des autres

Santa Marta, Colombie, avril 2026. Cinquante pays se sont réunis pour accélérer la sortie des énergies fossiles. Sur le papier, c’est un succès : un rapport détaillé, des engagements chiffrés, des promesses de financements. Dans les coulisses, c’est la guerre des chiffres et des culpabilités. L’Afrique, continent qui émet moins de 4 % des gaz à effet de serre mondiaux, y a joué son va-tout : "Nous ne renoncerons pas à notre droit au développement pour expier les péchés industriels de l’Occident."

La déclaration, signée par une vingtaine de pays africains, sonne comme un ultimatum. Derrière les formules diplomatiques, une réalité crue : le Nigeria, l’Angola ou le Mozambique tirent encore 70 à 90 % de leurs recettes publiques des hydrocarbures. Leur abandon brutal, sans compensation massive, plongerait des millions de personnes dans la pauvreté. "Vous nous demandez de choisir entre l’électricité et la famine. Ce n’est pas une transition, c’est un chantage", a lâché le ministre nigérian de l’Énergie, sous couvert d’anonymat.

Le problème n’est pas technique – les solutions existent, des parcs solaires aux barrages hydroélectriques. Le problème, c’est l’argent. Les promesses de financements verts, évaluées à 100 milliards de dollars par an depuis 2020, n’ont jamais été tenues. En 2025, seuls 12 % de ces fonds avaient effectivement été débloqués, selon un rapport de l’OCDE. "L’Occident nous parle de morale climatique tout en continuant à subventionner ses propres énergies fossiles à hauteur de 7 000 milliards de dollars par an. Où est la cohérence ?", s’indigne un négociateur sénégalais.

La conférence de Santa Marta a accouché d’un compromis boiteux : un fonds de "transition juste" doté de 50 milliards de dollars… sur cinq ans. Une goutte d’eau face aux 2 400 milliards nécessaires pour décarboner le continent d’ici 2050, selon la Banque africaine de développement. "On nous demande de sauter dans le vide en espérant qu’un filet se matérialisera en cours de route", résume un expert kenyan.


La Commune de Paris : quand l’histoire devient une arme politique

Cent cinquante-cinq ans après les barricades de 1871, la Commune de Paris reste un mythe fondateur de la gauche française. Dans son dernier livre, l’historien Michel Winock en explore les paradoxes : "Un événement à la fois local et universel, révolutionnaire et désespéré, qui continue de hanter l’imaginaire progressiste."

Pourquoi ce soulèvement de 72 jours, écrasé dans le sang par les troupes versaillaises, fascine-t-il encore ? Parce qu’il incarne, selon Winock, "l’utopie concrète" : une expérience de démocratie directe, de justice sociale et d’émancipation féminine, menée dans l’urgence et la précarité. Les communards ont aboli la peine de mort, instauré l’école gratuite et laïque, et accordé le droit de vote aux femmes – des mesures que la IIIe République mettra des décennies à adopter.

Mais la Commune est aussi un miroir tendu à la gauche contemporaine. "Elle rappelle que les révolutions ne se décrètent pas, qu’elles naissent de la convergence des colères et des espoirs", analyse Winock. En 2026, alors que la gauche française est plus divisée que jamais, le mythe communard sert de boussole… et de repoussoir. Pour La France insoumise, c’est une référence incontournable, symbole de la radicalité nécessaire. Pour le Parti socialiste, c’est un rappel des dangers de l’aventurisme politique. "La Commune nous enseigne que les révolutions sans stratégie sont des suicides collectifs", écrit l’historien.

Le plus ironique ? La Commune était profondément patriote, voire nationaliste. Ses dirigeants, comme Louise Michel ou Eugène Varlin, croyaient en une République sociale et fraternelle… pas en l’internationalisme prolétarien que Marx et Engels lui ont ensuite collé. "On a fait de la Commune un symbole marxiste, alors qu’elle était d’abord une révolte de Parisiens contre la trahison de leur propre gouvernement", souligne Winock. Une leçon d’histoire qui résonne étrangement en 2026, alors que la France s’interroge sur son rapport à l’Europe et à la mondialisation.


William Forsythe : quand la danse devient une arme de subversion massive

Au Théâtre de la Ville, à Paris, le chorégraphe américain William Forsythe offre une masterclass de résistance artistique. Avec "Quintett", "Trio" et "Enemy in the Figure", trois pièces créées dans les années 1990, il pulvérise les codes du ballet classique. "Ce n’est pas de la danse, c’est de la guérilla", résume un spectateur après la représentation.

Forsythe, 77 ans, est un iconoclaste. Dans "Enemy in the Figure", les danseurs évoluent dans un espace délimité par des néons et des miroirs, comme des rats de laboratoire dans un labyrinthe. Les mouvements, saccadés et imprévisibles, évoquent moins la grâce que la panique. "J’ai voulu montrer le corps comme une machine de guerre, capable de désobéir à ses propres limites", explique-t-il.

Le Ballet de l’Opéra national du Rhin, qui interprète ces pièces, est lui-même un symbole de cette rébellion. En 2023, il a intégré le répertoire de Forsythe, malgré les réticences de la direction de l’Opéra de Paris, plus attachée au répertoire traditionnel. "Forsythe, c’est l’anti-Noureev. Lui, il ne cherche pas à séduire, il veut déranger", analyse un critique.

Pourtant, derrière la provocation, il y a une quête presque métaphysique. "La danse, pour moi, c’est une façon de poser des questions sans donner de réponses. Comme la politique", confie Forsythe. En 2026, alors que la France s’interroge sur son identité culturelle, son œuvre sonne comme un manifeste : l’art n’est pas là pour divertir, mais pour ébranler.


Ce qu’il faut retenir : trois combats, une même urgence

  1. L’Afrique ne paiera pas pour les crimes climatiques de l’Occident. À Santa Marta, le continent a posé un ultimatum : soit les pays riches financent massivement sa transition, soit elle continuera à exploiter ses ressources fossiles. Le chantage est assumé. "Nous ne sommes pas des mendiants, mais des créanciers", a déclaré un négociateur africain. La balle est dans le camp de l’Europe et des États-Unis.
  2. La Commune de Paris n’est pas un symbole, c’est un miroir. Cent cinquante-cinq ans après les faits, elle continue de diviser la gauche française. Pour les uns, c’est un modèle de radicalité ; pour les autres, un avertissement contre l’improvisation. Une chose est sûre : son héritage est plus vivant que jamais.
  3. William Forsythe prouve que l’art peut encore déranger. À 77 ans, le chorégraphe américain bouscule les conventions du ballet classique. Ses pièces, jouées au Théâtre de la Ville, sont moins des spectacles que des manifestes. "La danse n’est pas un divertissement, c’est une arme", dit-il. En 2026, alors que la culture est de plus en plus instrumentalisée, son travail rappelle une vérité simple : l’art doit déranger, ou il n’est rien.